I/ UNE RENCONTRE FATALE - 1. Prologue.

A peine m'étais-je installée à mon bureau que mon père entra. C'était un homme de forte corpulence, d'une quarantaine d'années bien qu'avec ses épais cheveux blancs on lui donnerait soixante ans. Il s'apporcha et s'assit dans le fauteuil rose pâle situé à côté de la porte. Il me regarda fixement puis soupira.
" - Marie, y as-tu réfléchi ?
- A quoi, Papa ?
- Au mariage. "
Non, je n'y avais pas réfléchi. Pas que j'avais oublié. Mais à chaque fois que j'y pensais, je me disais que j'étais trop jeune.
" - Non. Sincèrement, non.
- Marie, tu as dix-sept ans;dans quelques mois dix-huit. J'aimerais que tu te décides enfin à prendre un homme, à l'aimer...
- Mais, Papa, c'est toi que j'aime. Toi et les garçons." lui répondis-je, les bras autour de son cou.
" - Je veux que tu ailles à la fête organisée par les Ingram. Il y aura d'autres jeunes, des filles et des garçons." lança t-il avec un clin d'oeil.
" - Mais il n'y aura personne que je connaisse. Et puis, ils sont tous plus âgés qur moi.
- Je sais, Marie, je sais. Cependant, n'oublies pas que c'est dans la tradition. "
Ah oui, la tradition ! Les filles doivent se marier entre dix-huit et vingt-cinq ans. J'ai encore huit ans. Juit ans pour choisir un mari. Si je me marie !
Mon père a trouvé mon point faible depuis longtemps. Ses yeux bleus foncés me regardent avec tristesse. Toujours cet air. toujours. Et moi j'ai craqué !
" - C'est pour quand cette fête ?
- Le trente-et-un août. "
Il m'embrassa, me sourit et sortit, tout joyeux qu'il était.
# Posté le lundi 05 mai 2008 04:18
Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:57

I/ 2. Imprévu.

J'arrive chez les Ingram à 17h20. A l'heure. Brefs saluts entre les deux demoiselles et moi.
On ne s'aime pas. Et on ne s'aimera sans doute jamais. Je ne sais même pas pourquoi elles m'ont invitée ! Je salue les autres personnes dans le salon où aura lieu la soirée. Je prends un livre, de préférence un dont je connais l'histoire, m'assois sur l'un des canapés au fond de la salle, sors mon petit cahier sur lequel j'adore noter tout ce qui concerne les gens.
Nouvelle page. Date : 31 août, 17h20, chez Melles Ingram Rose et Marguerite.
Ingram Rose : plus jolie que d'habitude. Jolie robe blanche. Contraste frappant avec ses lonues boucles noires. Un peu trop maquillée peut-être. Hautaine, méprisante.
Ingram Marguerite : excès sur tout : poids, vêtements, maquillage, coiffure. Plus joyeuse que sa soeur.
Il y avait avant mon arrivée les Carmichael, les Jaurès et Mr Vintage.
Carmichael Anne : horrible robe verte. Se lie d'amitié avec Marguerite... Qui se ressemble s'assemble. Hi hi hi !!
Carmichael Théodore : vingt-trois/vingt-quatre ans. Pas spécialement joli comme garçon, oups !, comme homme. Brun, assez petit. D'après Papa, travaille dans un laboratoire. Youpi ?! Mon futur mari ?! Discute avec Mrs Vintage et Jaurès.
Les Jaurès : des jumeaux. Roux. Rien d'autre.
Vintage : même type que Melle Ingram R. Son type. La regarde. A des vues sur elle !!
En tout on est huit. Je fais semblant de lire le bouquin et en même temps j'écris les impressions sur mon carnet.
A 17h30, Melle Morvan arrive. Toujours en retard celle-la. Jolie fille avec ses blondes anglaises. Plus grosse que les autres, mais la plus amicale. Je ne l'ai vu que deux fois. Elle entre, me sourit et va discuter avec Melle Carmichael.
Les minutes passent, ponctuées par le tic-tac de la grande horloge. Peu avant dix-huit heures, la porte d'entrée s'ouvre et laisse entrer quelqu'un. Je ne peux pas le voir car les quatre hommes me masquent la vue. Au bruit de ses pas j'opterai pour un homme. Des bottes,lourdes. Pas régulier. Ni rapide ni lent. Pourtant il est en retard. J'écris dès que je le vois :
L'Inconnu (majuscule par politesse, jamais vu) : cheveux noirs. Epais. Mi-longs. Uniforme militaire bleu nuit. Droit. Elégant. L'homme le plus grand dans la salle. Impression que tout est calculé et en même temps naturel. Seul défaut : me tourne le dos !
Je reprends ma lecture. De temps à autre je lève la tete pour bien m'imprégner du texte. Cette fois je vois l'Inconnu de côté.
Oui, épais cheveux noirs. Sourcils foncés arqués. Peau claire, fraîche. Lèvres masculines, mais pulpeuses. Silencieuses. Yeux marrons qui ont l'air de s'ennuyer. Le pire : parle avec Rose Ingram. Méchant ! Mais ne l'écoute pas. Rêvasse. Entre 27 et 29 ans. Deux médailles à sa veste. Sur le côté gauche. Sur le coeur.
Je commence un croquis. Je le regarde, l'examine, le reproduis sur papier. Je m'applique. Pourquoi ? Je ne sais pas. La tête d'abord, avec son visage. Sa posture.
Il me manque quelques détails. Je relève les yeux. Il n'est plus là. Je le cherche discrètement. Pas là. Je ne suis pas contente. J'arrache ces feuilles de mon carnet pour pouvoir les lire plus librement. Je les range, le annote. Je reprends tout depuis le début. Je relis. Et tiens, une feuile tombe. Elle tombe en faisant des cercles dans l'air. Une main la rattrape au vol. C'est l'Inconnu. Il la regarde et moi de même. C'est son portrait. Va t-il aimer ? Sûrement pas. Je ne me suis pas aplliquée. Je le regarde. que va t-il en penser ? Je rougis. Ses yeux s'arrondissent, il ouvre la bouche comme pour dire quelque chose mais ne dit rien. Il me sourit? Je lui rends son fabuleux sourire. Il me rend mon dessin.
" - Merci. " C'est tout ce que j'arrive à lui répondre. Il me salue très, très .... très comme j'aime quoi ! En claquant des talons. Comme le font les Slaves. Il se retire et continue sa dicussion avec Ingram Rose. Dix-neuf heures sonnent. Celle-ci annonce un buffet froid. trois tables pleines de mets. Je ne bouge pas. Tout le monde s'y précipite. Plus de place de toute façon. Et puis je n'ai pas faim.
Une heure. Melle Ingram laisse une heure à ses invités pour digérer.
Ensuite nous prenons place autour d'elle et de son piano à queue. Elle joue une mélodie, puis sa soeur. Melle Carmichael, Melle Morvan et moi enfin . Je joue la partie musicale d'une chanson. Ma chanson préférée : Niech Mowia, Ze to Nie Jest Milosc. Ma mélodie est la plus courte. On applaudit, comme pour chaque dame. Et on retourne au salon. Je reste seule. Je joue d'autres mélodies : Dzisiaj w Betlejem, Ludu Moj Ludu, Oto Jest Dzien, Lulaj Ze Jezuniu. A la fin de ce morceau, des applaudissements. Je me retourne .Et là Lui, l'Inconnu. Il s'avance jusqu'au piano, se retourne et me regarde fixement. J'ai l'impression d'être nue devant lui tellement son regard est pénétrant.
" - Vos mélodies m'ont rappelé de joyeux souvenirs, mademoiselle.
- Ce sont des mélodies de chants polonais. Vous connaissez le polonais ?
- Non, c'est ma mère qui les jouait. Quant au polonais, mon père luia interdit de nous l'enseigner. "
Ses yeux étaient devenus noirs, sombres comme l'enfer, ils lançaient des éclairs quand il prononça le mot 'père'. Je me taisais, ne sachant que dire, que faire. Je regardais le piano.
" - Vous n'êtes pas heureuse d'être venue ici. Ca se voit. Vous restez seule, vous lisez, vous jouez. Toujours seule. N'aimez-vous pas la compagnie ?
- J'aime la compagnie sinon je serai partie ou vous aurai demandé de me laisser seule. "
Il sourit. Avant qu'il ne put intervenir, je continuai sur ma lancée, ce qui me faisait le plus grand bien.
" - Mon père a voulu que je vienne ici. Au début cela ne me tentait pas. Mais il a utilisé des arguments assez convaincants. Et puis, lui faire de la peine me rend encore plus triste.. Et puis, c'est dans la tradition. " finis-je dans un souffle.
" - La tradition. Ce même mot est sorti de la bouche de mon père il y a quelques jours. Il s'est marié sur le tard et j'en ferai sûrement de même.
- Vous avez encore le temps. Vous n'êtes pas si vieux.
- Vingt-huit ans. Encore deux ans. Vous, vous avez le temps. Franchement, je vous donnerais seize ans ou moins.
- Et bien, j'en ai dix-sept. En décembre dix-huit, le seize.
- Le seize ? Je suis né un sieze d'un mois aussi. "
Coïncidence ? Je m'étais levée et arpentais la salle, l'écoutant, lui répondant. Il me suivait des yeux.
" - Mon père veut que j'épouse Mr Carmichael, mais lui n'a pas bougé depuis que je suis arrivée. Pas un regard, pas un sourire, pas une parole, pas un pas en avant. Rien. A croire que je n'existe pas. Cela m'arrange dans un sens.
- Et comment, mademoiselle ?
- Il ne me plaît pas, vous savez. Physiquement ce n'est pas mon genre. Et puis ses fréquentations : Melles Ingram.
- Je les fréquente moi aussi.
- Oui mais vous, c'est différent. Quand Melle Rose Ingram vous parlait vous ne l'écoutiez qu'à moitié.
- J'aurais pourtant juré que mon artifice était bien préparé. "
A mon tour de baisser la tête et de sourire.
" - Monsieur, je vois des choses que d'autres ne voient pas. Ne vous inquiétez pas. Je n'en soufflerai mot à personne.
- Je vous fais confiance. Et... " me dit-il en me prenant par les mains.
J'étais affolée. Oui, je le trouvais beau, sublime, magnifique. Qu'avais-je dit ? Qu'avais-je fait ?
" - Et ?
- Non rien... Vous avez de beaux yeux bleus, mademoiselle. Des yeux qui s'accordent très bien avec votre fin visage, vos cheveux blonds. Avec votre robe. Pas comme Melle Ingram. Ses yeux verts ne suivent avec rien.
- Pourtant je trouve que ses boucles ébènes se marient bien avec sa robe, ce soir. "
Il me dévisagea. Ses yeux sombres devinrent plus doux.
" - Vous n'aimez pas Mr Carmichael ?
- Non, je ne le connais pas, c'est tout. Il me faut du temps, vous savez, monsieur. Pour me faire des amis. Alors qu'avec vous cela ne prend qu'un soir, et encore.
- Que voulez-vous dire par 'et encore' ? "
J'avais peur. Ses yeux étaient redevenus sombres. Je reculai de quelques pas.
" - Pardonnez-moi de vous avoir fait peur, mademoiselle. J'ai du mal à contrôler mes émotions ces temps-ci. Excusez-moi."
Il passa une main devant ses yeux. Yeux marrons. Et sourit. Magnifique sourire.
" - Ce n'est pas que je n'aime pas les laboratoires de chimie et autres. Mais leurs habits n'ont rien d'attrayant. "
Je me dirigeai vers la fenêtre, dos à lui. Je sentais son regard pesant.
" - Moi, mon genre d'hommes, ce sont plutôt les uniformes. "
C'était sorti tout seul. Cri de la bouche je pensais. Cri du coeur en vérité.
Je me retournai d'un bloc pour voir quelle serait sa réaction. Il était là devant moi. A une dizaine de centimètres. Moi rouge, n'osant le regarder après cet aveu. Lui entreprenant. Ses bras m'entouraient les hanches et le bas du dos. D'une main il leva ma tête, m'obligeant à le regarder, à voir ses yeux. Marrons, beaux, intenses, où amour, tendresse et peur du rejet se reflètaient. Ses lèvres, près de moi. Pas de sortie. Non, je ne veux pas. Pas maintenant. Trop tôt. Mais j'en ai tellement envie moi aussi. Elles s'approchent doucement, très doucement. Non, je ne veux pas, je ne peux pas. Seule solution : je détourne la tête, une larme sur la joue.
Un baiser ! Un baiser dans le cou ! Tout n'est pas perdu ! Doux. Lent. Voulu. Simple. Aimant. Je le regarde une deuxième fois dans les yeux et je pars. Il me laisse m'enfuir un sourire aux lèvres car il sait que je reviendrai. Oui je reviendrai. Je l'aime et lui aussi. Du moins, je le crois.
Je me sauve dehors. L'air frais du soir me fait du bien. Je reprends mes esprits peu à peu. Pourquoi m'a t-il embrassée ? Pourquoi je ne voulais pas de son baiser ? Je prends mon cahier et j'écris, aussi vite que je le peux. Jusqu'à ce que ma main me fait mal. Ma main me fait mal. Je range calepin et stylo.
Je retourne au salon où il fait chaud. Je passe inaperçu. Tant mieux. Je prends un livre : "Il m'embrassa. Dans le cou. Superbe baiser." Non, non et non ! Je ne veux pas entendre parler de cela. Je remets le livre. En prends un autre. Idem. Pas possible. Le ciel s'acharne sur moi ! En mal. Ou en bien, alors, parce que je l'aime. J'en prends un troisième : "Il est là. Cheveux noirs, yeux marrons. Grand. Beau. En uniforme. Mes frères jumeaux veulent que je sois avec lui. Papa aussi. Maman l'aurait sûrement voulu. Son père, je ne sais pas. Sa mère, comme la mienne. Sa soeur et son frère, en religion, ne veulent que son bonheur, alors oui. Alors j'ai dit oui. Et on a eu six beaux enfants. Le double de ce qu'il voulait. Et on vit le mieux du monde aujourd'hui. Je l'aime toujours et lui aussi. L'Eden sur terre." Je compare. C'est Sa description. J'ai deux frères jumeaux. Une mère morte. Papa veut que je me marie. Coïncidence ? La deuxième cet après-midi. Je regarde le titre : La vie entre fiction et réalité. Pas d'auteur.
J'ai chaud. Je prends mon éventail blanc. Ca m'aide. Je note tout ce qui vient de se passer. La coïncience avec le livre. En plus : parle avec Melle Ingram Rose. Hypocrite ! Elle me regarde méchamment. A t-elle vu ? Le sait-elle ? Peut-être pas. Peut-être. Je ne l'espère pas.
Quelques note et voilà un homme qui s'adresse à nous en ces termes : "Mesdemoiselles, messieurs. Pour la prochaine danse, les hommes invitent les demoiselles qu'ils veulent épouser dans un futur proche." C'est une blague, j'espère ! Danser avec l'homme de ma vie ? ! Je regarde Mr Carmichael car il doit être mon mari. Je serai Mme Théodore Carmichael. C'est moche ! Celui-ci invite Melle Ingram Marguerite. Toute seule pour cette danse. Tant pis. Ou tant mieux. Je ne voulais pas danser avec lui. Je regarde mes ballerines.
" - Messieurs, ma valse, s'il vous plaît. " dit l'Inconnu. Ils se retournèrent tous, étonnés. Je l'étais aussi mais je continuais de regarder mes pieds, priant Dieu pour ne pas danser. Melle Ingram Rose attendit l'Inconnu pour la danse mais celui-ci passa devant elle sans la regarder. Des bottes claquèrent devant mes pieds. Uniforme bleu foncé. L'Inconnu m'invitait à danser.
" - Mademoiselle. "
Je le regardais pour essayer de deviner quels desseins il cachait derrière la tête. Je me levais, le suivis, le saluai et l'on dansa. On dansa sur l'air que j'avais joué quelques heures auparavant ! Sur mon air ! Les musiciens le connaissaient. C'était tout simplement sublime. Pourquoi m'avait-il choisi ? Moi ? Petite fille, pas encore femme. Il a choisi une fille de dix ans sa cadette. Je me posais toutes ces questions pendant qu'il me faisait valser. Oui, le Paradis sur terre. A la fin de la danse nous nous sommes salués de façon très distante pour ne pas éveiller les soupçons. Pff ! Les soupçons étaient déjà éveillés depuis le début de la valse.
Je sortis sans que personne ne me remarque. Je voulus crier, sauter, danser, me défouler tant j'étais heureuse. Heureuse d'être tombée amoureuse d'un homme. Au lieu de faire tout cela, je pris mon carnet et notai tout. Tout. Tout. Mes impressions, mes émotions, mes envies, mes craintes. Un quart d'heure passa, une demi-heure. Je pris son portrait, y ajoutai des détails très importants, redessinai cette partie du visage ou celle-là.
" - Puis-je m'asseoir à côté de vous, mademoiselle ? " me demanda t-il.
" - Oui, bien sûr.
- Puis-je avoir mon portrait, s'il vous plaît ?
- Tenez. Ce n'est qu'un brouillon.
- Le tableau final sera alors sublime si ceci n'est qu'une esquisse. Quel autre talent cachez-vous, mademoiselle ?
- Talent, monsieur ?
- Ne m'appelez pas 'monsieur', mademoiselle. Appelez-moi Luc.
- Non, monsieur. Vous êtes plus âgé que moi et ce n'est pas poli d'appeler quelqu'un que l'on ne connait pas par son prénom. " lui dis-je en me levant et en faisant une révérence.
Il me considéra de ses beaux yeux marrons et soupira.
" - Comme vous voudrez. Quel autre talent cachez-vous derrière ce corps de jeune fille ?
- Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler, monsieur.
- Musique, dessin, écriture, politesse, gentillesse. "
Je rougissais. Personne ne m'avait flatté à ce point.
" - J'aimerais que nous marchions." me proposa t-il. Nous marchâmes quelques minutes. Moi, le regardant, évitant son regard si je le croisais, tout en le cherchant. L'homme, l'homme, l'homme. Il est fait de contrastes. Il veut quelque chose mais en a peur.
" - Auriez-vous un stylo, mademoiselle ? "
Je lui donnai le mien.
" - Tenez. "
Il me rendit le stylo et le portrait avec dessus, sa signature. Luc Du Catillon. Luc. Luc. Luc. Très joli prénom. Et court. tout le contraire du mien. Soudain les phrases du livre me revinrent en tête.
" - Monsieur, avez-vous des frères et soeurs ?
- Une soeur plus âgée et un frère plus jeune. Pourquoi ?
- Oh, pour rien. Et que font-ils ?
- Ce n'est pas pour rien si vous vous y intéressez tant. Ma soeur est entrée au couvent, mon frère au séminaire. "
Je m'arrêtai. Tous les deux dans la religion. Comme dans le livre.
" - Pourquoi n'avez-vous pas invité Melle Ingram pour la valse ?
- Pour la raison que l'homme a donné. A mon tour, avez-vous des frères et soeurs ?
- Deux frères jumeaux, plus jeunes. "
Il m'indiqua un banc où nous nous assîmes. Il devait être pas loin de dix heures.
" - J'aime une femme. Mais je ne sais pas comment le lui dire. J'ai peur, vous voyez mademoiselle, j'ai peur.
- De quoi, monsieur ?
- Qu'elle rejette mon amour... J'ai peur et vous, vous avez froid. Quel gentleman je fais ! Vous n'avez qu'une fine robe. Attendez.... Tenez. "
Il déboutonna sa veste et me la posa délicatement sur les épaules. Elle était chaude. Et trop grande pour moi. Beaucoup trop grande.
" - Merci. Je n'ai qu'unconseil à vous donner, monsieur : courez ! Dîtes-lui que vous l'aimez et elle vous répondra qu'elle aussi.
- Vraiment ? "
J'acquiesçai. Alors il se mit à genoux devant moi, sortit une bague, me la passa au doigt et me demanda :
" - Mademoiselle, voulez-vous être ma femme ? "
Quoi ? Moi ? Etre votre femme ? Impossible ! Je perdis tous mes moyens devant cette situation. Pendant plusieurs minutes j'essayai de me contrôler. Je n'y arrivai pas. Et lui, ne bougeait pas. Inflexible. Attendant une réponse, me tenant la main droite. Je m'accroupis à sa heuteur. Il était plus grand que moi. Pas juste !
" - Vous voulez que je devienne Mme Marie-Catherine du Catillon ?
- Oui, si Marie-Catherine est votre prénom.
- Alors je le veux. "
Il se redressa, moi de même. Il s'approcha, voulut m'embrasser mais se ravisa. Pourquoi ? Je veux un baiser. Maintenant. Je suis prête, Luc.
" - Puis-je ? " me demanda t-il en se pinçant la lèvre inférieure.
" - Faire quoi ?
- Ceci. "
Et il déposa un doux baiser sur mes lèvres. J'avais fermé les yeux comme toute bonne fille le fait lors de son premier baiser. Je voulus m'enfuir mais cette bouche, voluptueuse, tendre, affective, passionnée me retenait. Ce moment s'éternisa des siècles. Des siècles durant, je sentis l'amour passer de sa bouche à la mienne et de la mienne à la sienne.
Des aboiements nous firent revenir à la réalité. Il me serra contre sa poitrine. Je me laissai faire, voulant oublier ce monde et rester avec lui pour toujours. J'avais chaud et lui froid. Ses mains étaient glacées.
" - Tenez. Reprenez votre veste. Vous allez tomber malade. Moi, ça va. J'ai chaud.
- Vous devez rentrer, Marie-Catherine. Il se fait tard.
- Vous avez raison. Venez. "
Je lui pris la main pour le mener vers la maison, mais aussi pour la réchauffer. Au moment d'entrer dans la calèche, je me souvins d'une chose.
" - Au fait, Luc, vous ne connaissez même pas mon nom. Melle Caplain.
- Et bien, Melle Caplain, nous nous reverrons en janvier.
- Janvier ?
- Pour le mariage. Quel jour ?
- Le seize. C'est évident, non ? "
Il me salua. J'en fis de même. Et la calèche partit, me ramena à la maison.
# Posté le lundi 05 mai 2008 05:32
Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:57

I/ 3. Malentendus.

Le seize janvier est un samedi. Mon mariage. Enfin. A dix-huit ans plus un mois. Et lui à vingt-neuf ans moins un mois.
Je ne l'ai pas vu depuis le trente et un août. Mais beaucoup écrit. A t-il changé ? Je ne sais pas. Quand j'ai annoncé le lendemain que j'allais me marier à Mr Du Catillon, mon père eut comme un choc :
" - Marie, tu es sûre ?
- Sûre de quoi, Papa ? "
Sa voix était très sérieuse, très solenelle. Ce n'est pas mon père !
" - Le mariage, si tôt ...
- C'est toi qui voulais me marier ! A Mr Carmichael. C'est toi qui as voulu que j'aille chez Melle Ingram ; et là-dessus je dois te remercier. Car sans cette fête je ne l'aurais peut-ètre jamais rencontré.
- Mais pourquoi l'as-tu choisi, lui ? Pourquoi ?
- Je ne l'ai pas choisis ! " criai-je.
" - L'amour a tout fait. L'amour, Papa, l'amour ! Tu connais l'amour, non ?
- Oui, l'amour est la plus belle chose qu'un homme puisse rencontrer dans sa vie.
- Alors pourquoi tu ne veux pas qu'il connaisse cela ? Que je connaisse cela ?
- Il est beaucoup plus âgé que toi, Marie !
- On s'en fiche !
- Maintenant, oui. Mais dans vingt ou trente ans, un profond fossé se creusera entre vous. Il a plus d'expérience que toi.
- Et alors ? Où est le problème ? Où ?
- Tu verras lors de ta nuit de noces, Marie. Cette nuit est la plus importante. Si vous êtes trop timides à ce moment, et bien, mort au couple. Faut que j'y aille, Marie.
- Vas-y. Mais tu ne m'empêcheras pas de me marier.
- Je ne veux pas t'en empêcher. Mais choisis bien ton homme, ma fille. Choisis bien ton homme . "
Il sortit. J'ai l'mpression que Papa me cache des choses sur Luc. Ils se connaissent. pourtant Papa travaille dans la politique et Luc dans l'armée. Quel rapport ? De plus, Papa travaille sur D. alors que Luc sur L. Vingt kilomètres les séparent.
La réaction de mes frères fut tout à fait différente. Ils apprécièrent le fait d'avoir un nouveau membre dans la famille. Jean exprima sa joie d'un coup, tout juste après que je le leur ai annoncé. Paul me félicita le soir lorsque nous fûmes seuls dans ma chambre.
" - Dis, Marie, je peux entrer ?
- Bien sûr ! Arrête de me poser de telles questions, Paul.
- Pour ton mariage, je suis très heureux pour toi. Il est comment ton futur mari.
- Beau. C'est tout ce que je peux dire. Beau.
- Ca ne m'aide pas beaucoup, tu sais. Physiquement ?
- Grand. Des cheveux noirs. Des yeux marrons. Et bien, attends. J'aison portrait. Que je suis bête ! Tiens. "
Il le prit, le regarda, l'examina. Qu'allait en penser mon frère ?
" - Alors ?
- Je ne te vois pas du tout avec un homme de ce genre.
- Ah bon ! Et pourquoi ? "
Il haussa les épaules.
" - Et il fait quoi ?
- Il travaille dans la cavalerie. "
Les yeux bleus de mon frère rayonnèrent. Il pensait. Il veut être dans le militaire.
" - C'est un gars bien alors. "
J'étais sûre qu'il allait dire cela. Il se leva, me dédia un sourire que je n'avais jamais vu et conclut :
" - Si tu l'as choisi, lui et pas un autre, c'est pour être heureuse avec. Aime-le, Marie, aime-le. "
Ne t'en fais pas sur ce point, Paul, je l'aimerai. Oh oui, je l'aimerai.
# Posté le mercredi 07 mai 2008 04:10
Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:54

I/ 4. Préparatifs.

Une semaines avant mon mariage. Nous sommes dans ma chambre. Nous, les couturières et moi. Elles s'occupent des derniers détails pour la robe de mariée. Elles ne sont que deux mais travaillent comme quatre.
" - Ne bougez plus, mademoiselle !
- Sinon nous allons vous piquer et vous aurez une belle tache rouge sur votre robe.
- Mais mesdames, je n'arrive pas encore à imaginer que la semaine prochaine je serai mariée. Vous vous rendez compte ! Une semaine ! Le temps passe si vite !
- Sophie, venez, nous allons chercher le voile.
- Mais j'avais dit que je n'en voulais pas !
- Votre père nous l'a commandé, alors vous le porterez. Venez. "
Et elles sortirent. Seule. Seule dans ma chambre. Avec ma robe. Je me regarde dans le miroir. C'est très étrange. Ma robe est belle mais elle ne me suffit pas. Il manque quelque chose. Bien sûr, le bouquet ! Je l'imagine. Je ferme les yeux. Je fredonne la marche jouée pour les mariages. Oui, le bonheur, dans une semaine. Je me souris à moi même.
" - Alors, mademoiselle, on rêvasse ? "
J'ouvre les yeux. Je vois d'abord deux yeux marrons, des cheveux noirs, une grande silhouette. Je sens ses bras autour de ma taille, ses mains glacées sur les miennes. Il sourit.
" - Non, Luc, je ne rêve pas. Je vais bientôt me marier. Avec vous. Ce n'est pas un rêve. C'est la réalité. La réalité. Difficile à imaginer, non ?
- Sincèrement non. Vous êtes bien réelle, je le suis tout autant.
- Monsieur ! Que faites-vous ici ?
- Je contemple vos résultats, mesdames.
- Dehors ! Vous n'avez rien à faire ici. Rien ! Allez, sortez ! Ou j'appelle la garde. Allez ! "
Il sort, à regret. Il m'envoie un baiser sur la main.
" - Dame Charlotte, pourquoi le chasser ?
- Je ne le chasse pas. Le futur marié n'a rien à faire dans la chambre de sa future femme.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? ! Elle demande pourquoi !
- Oui, je le demande. Répondez !
- Mademoiselle, monsieur ne peux pas vous voir avant le mariage dans votre robe sinon...
- Sinon quoi ?
- On dit que si cela est fait, alors le couple ne fera pas long feu et que ce sera un désastre. "
N'importe quoi ! C'est ce qu'on dit. Quoique maintenant, j'ai comme un doute. J'avais déjà entendu cela quelque part. Où ? Pas d'importance. Le voile. Elles m'habillent du voile. Il cache mes cheveux. Je ne l'aime pas, ce voile. Mais Papa veut que je le porte alors je le ferai. Je peux au moins faire cela pour lui.
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# Posté le vendredi 09 mai 2008 03:15
Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:53

I/ 5. Mariage et Noces.

Le mariage se passa selon les critères des deux familles. Il fut modeste. Nos deux pères invitèrent leurs amis. Personne que je ne connaisse. Des hommes haut placés. Il s'est déroulé dans le domaine de mon beau-père. D'abord à l'église, puis à la mairie. Puis repas chez lui. J'y ai fait la connaissance de sa s½ur et son frère. Sympathiques mais réservés. Cheveux bruns et yeux marrons. Luc ressemble beaucoup à son père, plus qu'il ne veut me le faire croire. Mêmes cheveux noirs, mêmes yeux marrons. Tout juste avant que nous quittions sa maison pour rentrer dans la mienne pour la nuit, je découvris qu'il avait hérité des yeux de son père. En effet, Mr Ducatillon père et Luc se disputèrent. Chacun lançait à l'autre un regard noir. Ce qui ne fit qu'augmenter la haine qu'ils éprouvaient l'un vis-à-vis l'autre. Pourquoi ne s'aimaient-ils pas ?
" - Luc, je ne comprends pas pourquoi vous détestez votre père et inversement.
- Marie-Catherine, je voudrais ne pas parler de cela ce soir.
- Mais...
- S'il vous plaît. " Il me regarda très profondément. Je fis la grimace. Pourquoi tout le monde me cache quelque chose ? D'abord mon père. Maintenant Luc. Je retins difficilement mes larmes. Je m'assis dans le fauteuil rose de ma chambre, laissant Luc aller où il veut. L'horloge du salon tout juste en dessous de ma chambre sonne onze heures. J'entends mes frères dans la chambre voisine se mettre au lit. Je refoule mes larmes, ouvre mon armoire, en sors une robe de chambre grise et m'accroupis près de la fenêtre. Luc s'est confortablement installé dans mon lit. S'il croit que je vais l'y rejoindre, il se trompe. Je n'ai pas envie de dormir, je ne veux pas dormir. Je pleure silencieusement, la tête penchée sur le mur. Quelle soirée pathétique ! Ma nuit de noces ! Il s'endort. Je n'y arrive pas. Je sors sans faire de bruit et passe dans la pièce d'à côté. J'allume un feu et m'installe dans le canapé blanc. Je me remémore les événements de la journée. Ce matin je m'étais levée de bonne heure pour prendre mon temps mais surtout pour ne rien oublier. Je passai une robe de chambre sur ma chemise de nuit bleue, descendis dans la salle à manger où je trouvai mon père, lisant le journal. Il déposa la gazette et se mit à faire un plan, que j'avais entendu une centaine de fois, de la journée. Je l'écoutais sans dire un mot mangeant tartines beurrées et confiture. A la fin de son 'monologue', il sourit et me souhaita bonne chance pour le reste de la journée. En montant dans ma chambre, je percutai mes frères, occupés à bâiller. Nous déjeunâmes à onze heures. A treize j'étais affublée de ma robe de mariée, du voile et du bouquet. Je retrouvai à l'église Luc, habillé d'un simple costume noir. Franchement, je le préfère dans ses uniformes. A l'église, du monde. A la mairie aussi. Je me sentais un peu seule mais la présence de Luc me rassurait à chaque fois. A la sortie de la mairie, je me suis dite : " Enfin mariée. Déjà mariée. " J'entre dans une nouvelle vie. Je ne suis plus une enfant, ni une adolescente. Je suis une femme. Civilement. Car je savais qu'en moi, j'étais encore une gamine. Je suis Madame et plus Mademoiselle. Je vais adorer corriger les gens !
A cet instant, j'entends sonner douze coups. Minuit. Je pleure. Je ne sais pas pourquoi mais je pleure. Mes yeux se ferment lentement. Je m'endors.
Une chaise tombe. Je me réveille. Je suis dans mon lit. Je me lève précipitamment. Il fait clair dans ma chambre. Luc relève la chaise qu'il a fait tomber.
" - Luc, est-ce vous qui...
- Oui. " Il ne sait même pas ce que je vais lui dire et il répond tout de suite. Je remarque que je suis dans ma seule chemise de nuit. Si mon père me voyait ! Je peux bien rester dans cet accoutrement devant mon mari, non ? Il porte un uniforme vert foncé. Craquant !
" - Vous avez bien dormi, Madame ?
- Ne m'appelez pas 'Madame', Luc, s'il vous plaît ! Bien dormi ? Je ne sais pas. " Je me laisse tomber sur mon lit. Il en fait de même.
" - Comment avez-vous su que j'étais dans la salle d'étude ?
- Je vous ai entendu.
- Mais vous dormiez !
- Je faisais semblant. " dit-il avec un sourire. Je le regarde. Ce qu'il est beau ! Il réfléchit. Ses yeux sont tantôt marrons tantôt gris foncés. Il se lève et regarde à travers la fenêtre le ciel dégagé. Je rentre sous la couette car j'ai froid. On est en plein mois de janvier, quand même ! Je regarde la porte. Je n'ai pas envie qu'elle s'ouvre. Luc enlève sa veste, sa chemise, son pantalon. Je rougis. Que va t-il faire ? Que va t-il me faire ? Il plonge sous la couette et apparaît derrière moi. Je me retourne et le regarde. Non ! Je ne veux pas. Pas ça ! Je sais ce qu'il va me faire. Je suis trop jeune ! Peut-être, mais je suis sa femme. Il a tous les droits sur moi.
" - Marie-Catherine, n'ayez pas peur. Je ne vous toucherez pas, pas dans le sens mari-femme.
- Mais... Mais... " Je tremble. Je sens ses doigts à ma taille, sur mon dos. Il me rapproche. Je me laisse faire. J'ai besoin qu'on me câline. Après cette nuit, surtout. Je pleure. Je passe mes bras autour de son cou. Quand nos corps se rencontrent, pour la première fois, ils tremblent. C'est très étrange comme sensation. Un frisson. Un frisson nous parcourt. Je le regarde et je lui souris bêtement. Pourquoi ? Je ne sais pas. Le silence. Que c'est joli !
" - Luc, vous pouvez faire ce que vous voulez de moi.
- Non, je ne peux pas.
- Mais si ! C'est dans la loi.
- Peut-être, mais pas dans la mienne. Il est de tradition dans notre famille que les mariés couchent un an après le mariage. " C'est quoi, ça ?
" - Mais nous avons couché ensemble cette nuit, non ?
- Ce n'est pas dans ce sens qu'il faut le comprendre. Marie-Catherine, vous ne voulez quand même pas que je vous explique ! " Je rougis de honte. Il pense à ça. A faire l'amour. Beurk ! C'est tout simplement dégoûtant.
" - Vous êtes vraiment un homme, Luc !
- Non, je suis un militaire.
- Et c'est quoi la différence ? " Il éclate de rire. J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? On frappe à la porte.
" - Mademoiselle, votre père m'a dit de vous... " C'est Dame Sophie.
" - De me... ?
- Et d'abord, Marie-Catherine n'est plus Melle Caplain mais Mme Du Catillon.
- Excusez-moi. Je ne voulais pas déranger. Je pensais que vous étiez levés. A cette heure-ci...
- Et quelle heure est-il ?
- Bientôt dix heures.
- Dix heures ? ! " Je sortis du lit à toute vitesse. La messe du dimanche est à onze heures. Elle sortit.
" - Luc, pourquoi ne pas m'avoir dit qu'il était neuf heures passées ?
- Parce que vous ne me l'avez pas demandé, tout simplement.
- Que vont penser Papa et les jumeaux quand ils me verront arriver si tard, moi qui d'habitude les réveille. " Je pris de mon armoire jupon, jupe, chemise et gilet. Je m'habillai aussi vite que je le pouvais.
" - Luc, s'il vous plaît, habillez-vous. Que dira mon père quand il nous trouvera ici en train de glander ?
- Je me fiche éperdument de ce que dira votre père, bien qu'il soit chez lui. Vous avez dix-huit ans, Marie-Catherine, vous n'êtes plus une enfant à qui il faut dire de faire ceci ou cela !
- En tout cas, vous vous l'êtes, Luc. Habillez-vous, s'il vous plaît.
- Je n'ai pas le choix, on dirait. " Il commença à s'habiller si lentement que je fus prise de pitié. Un gamin, cet homme. Un vrai gamin. Je lui boutonne chemise, pantalon et veste en un rien de temps. A la seconde où je finissais de me coiffer, mon père entra. Il nous supplia de nous dépêcher pour ne pas être en retard. Après la messe, les jumeaux vinrent nous trouver dans le jardin, couvert de neige.
" - C'est vraiment super que vous vous soyez marier un samedi, mais j'aurai préféré un lundi ou un autre jour de la semaine. " intervint Paul, assis sur un banc.
" - Et pourquoi ? " lui demandai-je.
- Comme ça, on n'aurait pas eu cours de la journée. " répondit-il. Il ne vit pas la gifle que je lui donnai avant de rentrer à la maison. Luc me rattrapa de suite et me dit que c'était pour rigoler. Les garçons arrivèrent, étonnés de ma réaction.
" - Oui, bien sûr, pour rigoler ! Lâchez-moi, Luc, vous me faîtes mal. " Il desserra son étreinte mais ne me lâcha pas.
" - Marie, c'était pour rire. Tu sais très bien que je ne dirai jamais une chose pareille sérieusement.
- Je m'en moque, Paul. Je vois bien que je n'ai que cette utilité pour vous et Papa. " Et Luc de me gifler.
" - Ni votre père ni vos frères ne pensent cela. Vous les connaissez mieux que moi, vous devriez savoir qu'ils vous aiment autant que vous les aimez. " Il a raison. Il aura sûrement toujours raison. Oui, Luc, j'aime Papa, Paul et Jean. Et vous.
" - Désolée de faire ma gamine. Pardon, Paul.
- C'est déjà oublié. Il faudrait peut-être penser à rentrer, avec ces nuages. " Nous le suivîmes à l'intérieur de la maison.
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# Posté le mardi 13 mai 2008 03:27
Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:53