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I/ 5. Mariage et Noces.

Le mariage se passa selon les critères des deux familles. Il fut modeste. Nos deux pères invitèrent leurs amis. Personne que je ne connaisse. Des hommes haut placés. Il s'est déroulé dans le domaine de mon beau-père. D'abord à l'église, puis à la mairie. Puis repas chez lui. J'y ai fait la connaissance de sa s½ur et son frère. Sympathiques mais réservés. Cheveux bruns et yeux marrons. Luc ressemble beaucoup à son père, plus qu'il ne veut me le faire croire. Mêmes cheveux noirs, mêmes yeux marrons. Tout juste avant que nous quittions sa maison pour rentrer dans la mienne pour la nuit, je découvris qu'il avait hérité des yeux de son père. En effet, Mr Ducatillon père et Luc se disputèrent. Chacun lançait à l'autre un regard noir. Ce qui ne fit qu'augmenter la haine qu'ils éprouvaient l'un vis-à-vis l'autre. Pourquoi ne s'aimaient-ils pas ?
" - Luc, je ne comprends pas pourquoi vous détestez votre père et inversement.
- Marie-Catherine, je voudrais ne pas parler de cela ce soir.
- Mais...
- S'il vous plaît. " Il me regarda très profondément. Je fis la grimace. Pourquoi tout le monde me cache quelque chose ? D'abord mon père. Maintenant Luc. Je retins difficilement mes larmes. Je m'assis dans le fauteuil rose de ma chambre, laissant Luc aller où il veut. L'horloge du salon tout juste en dessous de ma chambre sonne onze heures. J'entends mes frères dans la chambre voisine se mettre au lit. Je refoule mes larmes, ouvre mon armoire, en sors une robe de chambre grise et m'accroupis près de la fenêtre. Luc s'est confortablement installé dans mon lit. S'il croit que je vais l'y rejoindre, il se trompe. Je n'ai pas envie de dormir, je ne veux pas dormir. Je pleure silencieusement, la tête penchée sur le mur. Quelle soirée pathétique ! Ma nuit de noces ! Il s'endort. Je n'y arrive pas. Je sors sans faire de bruit et passe dans la pièce d'à côté. J'allume un feu et m'installe dans le canapé blanc. Je me remémore les événements de la journée. Ce matin je m'étais levée de bonne heure pour prendre mon temps mais surtout pour ne rien oublier. Je passai une robe de chambre sur ma chemise de nuit bleue, descendis dans la salle à manger où je trouvai mon père, lisant le journal. Il déposa la gazette et se mit à faire un plan, que j'avais entendu une centaine de fois, de la journée. Je l'écoutais sans dire un mot mangeant tartines beurrées et confiture. A la fin de son 'monologue', il sourit et me souhaita bonne chance pour le reste de la journée. En montant dans ma chambre, je percutai mes frères, occupés à bâiller. Nous déjeunâmes à onze heures. A treize j'étais affublée de ma robe de mariée, du voile et du bouquet. Je retrouvai à l'église Luc, habillé d'un simple costume noir. Franchement, je le préfère dans ses uniformes. A l'église, du monde. A la mairie aussi. Je me sentais un peu seule mais la présence de Luc me rassurait à chaque fois. A la sortie de la mairie, je me suis dite : " Enfin mariée. Déjà mariée. " J'entre dans une nouvelle vie. Je ne suis plus une enfant, ni une adolescente. Je suis une femme. Civilement. Car je savais qu'en moi, j'étais encore une gamine. Je suis Madame et plus Mademoiselle. Je vais adorer corriger les gens !
A cet instant, j'entends sonner douze coups. Minuit. Je pleure. Je ne sais pas pourquoi mais je pleure. Mes yeux se ferment lentement. Je m'endors.
Une chaise tombe. Je me réveille. Je suis dans mon lit. Je me lève précipitamment. Il fait clair dans ma chambre. Luc relève la chaise qu'il a fait tomber.
" - Luc, est-ce vous qui...
- Oui. " Il ne sait même pas ce que je vais lui dire et il répond tout de suite. Je remarque que je suis dans ma seule chemise de nuit. Si mon père me voyait ! Je peux bien rester dans cet accoutrement devant mon mari, non ? Il porte un uniforme vert foncé. Craquant !
" - Vous avez bien dormi, Madame ?
- Ne m'appelez pas 'Madame', Luc, s'il vous plaît ! Bien dormi ? Je ne sais pas. " Je me laisse tomber sur mon lit. Il en fait de même.
" - Comment avez-vous su que j'étais dans la salle d'étude ?
- Je vous ai entendu.
- Mais vous dormiez !
- Je faisais semblant. " dit-il avec un sourire. Je le regarde. Ce qu'il est beau ! Il réfléchit. Ses yeux sont tantôt marrons tantôt gris foncés. Il se lève et regarde à travers la fenêtre le ciel dégagé. Je rentre sous la couette car j'ai froid. On est en plein mois de janvier, quand même ! Je regarde la porte. Je n'ai pas envie qu'elle s'ouvre. Luc enlève sa veste, sa chemise, son pantalon. Je rougis. Que va t-il faire ? Que va t-il me faire ? Il plonge sous la couette et apparaît derrière moi. Je me retourne et le regarde. Non ! Je ne veux pas. Pas ça ! Je sais ce qu'il va me faire. Je suis trop jeune ! Peut-être, mais je suis sa femme. Il a tous les droits sur moi.
" - Marie-Catherine, n'ayez pas peur. Je ne vous toucherez pas, pas dans le sens mari-femme.
- Mais... Mais... " Je tremble. Je sens ses doigts à ma taille, sur mon dos. Il me rapproche. Je me laisse faire. J'ai besoin qu'on me câline. Après cette nuit, surtout. Je pleure. Je passe mes bras autour de son cou. Quand nos corps se rencontrent, pour la première fois, ils tremblent. C'est très étrange comme sensation. Un frisson. Un frisson nous parcourt. Je le regarde et je lui souris bêtement. Pourquoi ? Je ne sais pas. Le silence. Que c'est joli !
" - Luc, vous pouvez faire ce que vous voulez de moi.
- Non, je ne peux pas.
- Mais si ! C'est dans la loi.
- Peut-être, mais pas dans la mienne. Il est de tradition dans notre famille que les mariés couchent un an après le mariage. " C'est quoi, ça ?
" - Mais nous avons couché ensemble cette nuit, non ?
- Ce n'est pas dans ce sens qu'il faut le comprendre. Marie-Catherine, vous ne voulez quand même pas que je vous explique ! " Je rougis de honte. Il pense à ça. A faire l'amour. Beurk ! C'est tout simplement dégoûtant.
" - Vous êtes vraiment un homme, Luc !
- Non, je suis un militaire.
- Et c'est quoi la différence ? " Il éclate de rire. J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? On frappe à la porte.
" - Mademoiselle, votre père m'a dit de vous... " C'est Dame Sophie.
" - De me... ?
- Et d'abord, Marie-Catherine n'est plus Melle Caplain mais Mme Du Catillon.
- Excusez-moi. Je ne voulais pas déranger. Je pensais que vous étiez levés. A cette heure-ci...
- Et quelle heure est-il ?
- Bientôt dix heures.
- Dix heures ? ! " Je sortis du lit à toute vitesse. La messe du dimanche est à onze heures. Elle sortit.
" - Luc, pourquoi ne pas m'avoir dit qu'il était neuf heures passées ?
- Parce que vous ne me l'avez pas demandé, tout simplement.
- Que vont penser Papa et les jumeaux quand ils me verront arriver si tard, moi qui d'habitude les réveille. " Je pris de mon armoire jupon, jupe, chemise et gilet. Je m'habillai aussi vite que je le pouvais.
" - Luc, s'il vous plaît, habillez-vous. Que dira mon père quand il nous trouvera ici en train de glander ?
- Je me fiche éperdument de ce que dira votre père, bien qu'il soit chez lui. Vous avez dix-huit ans, Marie-Catherine, vous n'êtes plus une enfant à qui il faut dire de faire ceci ou cela !
- En tout cas, vous vous l'êtes, Luc. Habillez-vous, s'il vous plaît.
- Je n'ai pas le choix, on dirait. " Il commença à s'habiller si lentement que je fus prise de pitié. Un gamin, cet homme. Un vrai gamin. Je lui boutonne chemise, pantalon et veste en un rien de temps. A la seconde où je finissais de me coiffer, mon père entra. Il nous supplia de nous dépêcher pour ne pas être en retard. Après la messe, les jumeaux vinrent nous trouver dans le jardin, couvert de neige.
" - C'est vraiment super que vous vous soyez marier un samedi, mais j'aurai préféré un lundi ou un autre jour de la semaine. " intervint Paul, assis sur un banc.
" - Et pourquoi ? " lui demandai-je.
- Comme ça, on n'aurait pas eu cours de la journée. " répondit-il. Il ne vit pas la gifle que je lui donnai avant de rentrer à la maison. Luc me rattrapa de suite et me dit que c'était pour rigoler. Les garçons arrivèrent, étonnés de ma réaction.
" - Oui, bien sûr, pour rigoler ! Lâchez-moi, Luc, vous me faîtes mal. " Il desserra son étreinte mais ne me lâcha pas.
" - Marie, c'était pour rire. Tu sais très bien que je ne dirai jamais une chose pareille sérieusement.
- Je m'en moque, Paul. Je vois bien que je n'ai que cette utilité pour vous et Papa. " Et Luc de me gifler.
" - Ni votre père ni vos frères ne pensent cela. Vous les connaissez mieux que moi, vous devriez savoir qu'ils vous aiment autant que vous les aimez. " Il a raison. Il aura sûrement toujours raison. Oui, Luc, j'aime Papa, Paul et Jean. Et vous.
" - Désolée de faire ma gamine. Pardon, Paul.
- C'est déjà oublié. Il faudrait peut-être penser à rentrer, avec ces nuages. " Nous le suivîmes à l'intérieur de la maison.
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# Posté le mardi 13 mai 2008 03:27

Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:53

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