I/ 6. Projet.

Huit mois plus tard, début septembre. Un soir. Que fait Luc, mais que fait-il ? Il est minuit passé. Il n'est toujours pas rentré. Depuis notre mariage, Luc travaille jusque pas d'heure. Le matin, je ne le vois pas car il est déjà au travail quand je me lève. Le midi, il mange à L. Je me promène dans ma chambre. Je regarde par la fenêtre. Il fait noir bien que la lune brille haut dans le ciel. Enfin ! Le voilà. Un cavalier entre dans la cour par la grille d'entrée. Ma fenêtre donne sur l'entrée. Je l'attends et il entre dans ma chambre, tout souriant.
" - Luc, pourquoi rentrez-vous si tard ?
- Il le faut, Marie-Catherine, il le faut.
- Mais, qu'est-ce qui vous retient là-bas ? Ou peut-être qui ?
- Vous.
- Moi ? Mais, je suis à la maison toute la journée. Je ne comprends pas, Luc.
- Il n'y a rien à comprendre. Rien.
- Avec vous, il n'y a jamais rien. Vous restez cependant jusque onze heures à la caserne. Non, Luc, expliquez-moi. " Il est fatigué, je le vois à ses yeux.
" - La curiosité est un vilain défaut, vous le savez, Marie-Catherine !
- Peut-être, mais c'est dans ma nature. Vous m'avez voulu comme cela et je resterai telle quelle. Allez, dites-moi Luc, que cachez-vous devant moi ?
- Un secret.
- Un secret ? Parlez Luc ou sinon...
- Sinon quoi ? Vous allez appeler votre père ? Et vous lui direz que Luc ne veut pas vous dire pourquoi il travaille si dur ? Grandissez, Marie-Catherine !
- Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi ?
- Parce que personne ne vous dit que vous devez grandir. Vous n'acceptez pas de grandir ?
- Pas si vite. Il s'est passé tant de choses en si peu de temps. Mais, ne déviez pas la conversation vers un autre sujet. Pourquoi vous rentrez tard ? Pourquoi me laissez-vous seule à la maison ? Je n'ai rien à faire ici, alors que vous...
- Alors que moi j'essaye de transformer des chiffons en hommes d'armes à cheval. La vie à la caserne n'est pas rose non plus.
- Raison de plus pour rentrer plus tôt !
- C'est logique. " Je n'avais pas réussi à le convaincre de me vendre son secret mais je ne perdis pas espoir. J'optai pour une autre tactique. Je lui fis un gros câlin comme il les aimait. Puis je remontai la tête vers la sienne où ma bouche trouva sa bouche. Bouche où chaque baiser est un départ vers le pays des délices.
" - Et bien, vous ne reculez devant rien.
- En effet. Luc, mon père me cache des informations à votre propos depuis août l'année dernière. Vous depuis janvier. J'en ai marre d'être traitée en enfant. J'ai le droit de savoir pourquoi...
- C'est pour rénover notre future maison, Marie-Catherine. Alors heureuse ? Mais, ne pleurez plus, s'il vous plaît.
- Pour une maison ? Mais nous vivons bien ici, non ?
- Oui, très, même.
- Alors pourquoi ? " Je me blottis délicatement sur sa douce poitrine. Il referma ses bras sur moi et embrassa tout doucement mes cheveux.
" - Vous ne voulez pas vivre chez votre père, c'est ça ? " Il acquiesça. J'imagine que ses yeux ont pris une teinte foncée.
" - Et il faudra attendre longtemps avant de s'installer là-bas ?
- Deux ou trois ans.
- C'est trop long, Luc.
- Je ne peux pas travailler plus, Marie-Catherine.
- Alors c'est moi qui travaillerai.
- Vous ?
- Pourquoi pas ? Je peux donner des cours. On est en septembre, je peux passer une annonce dès demain.
- Mais, votre père ?
- Papa ne pourra rien me dire. Il faut simplement que vous soyez d'accord, Luc.
- Et vous voulez vraiment travailler ?
- Je peux toujours essayer. Je ne fais rien à la maison à part m'ennuyer. Et les garçons n'ont pas besoin de moi, ils ont leur propre instituteur. " Il soupira et s'endormit. Dormez, Luc, dormez. Demain, une autre journée à la caserne vous attend.
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# Posté le mardi 13 mai 2008 11:31

Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:51

I/ 7. Nouvelles.

" - Luc, puis-je vous voir, s'il vous plaît ?
- Oui, j'arrive. Un instant, s'il vous plaît. " Mon père sort de ma chambre.
" - Marie-Catherine, vous ne bougez surtout pas d'ici. Je reviens dans quelques minutes, entendu ? J'ai une nouvelle à vous annoncer.
- Mais bonne ou mauvaise ?
- Vous verrez. " Il part rejoindre mon père après m'avoir embrassé les mains. Une mauvaise nouvelle. Il va m'annoncer une mauvaise nouvelle, je le sens. Qu'est-ce que cela peut bien être ? Mes frères entrent.
" - Commence toi.
- Non, toi.
- C'est toi qui veux savoir, pas moi.
- C'est à quel propos ?
- Euh, on a de l'anglais à faire.
- Vraiment ?
- Oui. " répondirent-ils en choeur. Ils ne savent pas mentir, ces deux-là. Ils ont une expression écrite à rédiger. Ils veulent simplement que je vérifie leurs devoirs.
" - Bon, pourquoi vous êtes venus, hein ? Pas pour de l'anglais, je suppose ? Jean ? Paul ?
- On voulait savoir qui est ton élève .
- Un autre centre d'intérêts, les garçons ? C'est une fille. Elle est anglaise. Orpheline. Elle habite chez la deuxième femme de son père. Une française. Elle a deux ans de moins que vous. Elle est rousse et a de petits yeux bleus timides.
- Comment ça se fait qu'elle habite en France ?
- Sa belle-mère vit ici.
- Elle a pas d'autres parents. Je sais pas moi. Des oncles, des tantes...
- Non. " Ils ont de tristes mines. Luc entre, pressé, tendu. A sa vue mes frères s'éclipsent.
" - Je... Je... Je ne sais pas par où commencer ! " s'énerve t-il. Je lui prends les mains, caresse ses doigts. Il s'impatiente.
" - C'est une mauvaise nouvelle ?
- Vous avez deviné. Mauvaise pour vous, pour moi, pour nous.
- Luc, Papa m'a appris que dans chaque situation difficile, il y a toujours une sortie. Cet événement est mauvais aujourd'hui, demain, dans trois jours mais l'on sentira sa bienfaisance un jour, obligé. Une médaille a toujours deux côtés. Vous aussi, moi, cette médaille.
- Je vais partir.
- Partir ? " Je m'attendais à tout sauf à ça. Impossible. Pas maintenant. Non, Luc, non. Restez !
" - Je pars pour l'Angleterre avec mon régiment.
- Pour l'Angleterre ? Mais, qu'allez-vous faire là-bas ?
- Ils ont besoin de nous.
- Qui, ils ?
- Les royalistes. " Je le regarde. Ses yeux sont aussi tristes que les miens.
" - Pour combien de temps ?
- Plusieurs mois ." Des mois. Des mois entiers à attendre.
" - Je ne veux pas. Papa trouvera une solution. Il ne vous laissera pas partir, si...
- Marie-Catherine...
- Mais, Luc, non... " dis-je dans un sanglot, m'abattant sur sa poitrine. Il me console comme il le peut. Je pleure. Encore, oui, encore. Et lui aussi. C'est la première fois que je le vois pleurer.
" - 'Pas de nouvelles, bonnes nouvelles' dit-on.
- Et c'est bien vrai. " Nous restons dans un silence absolu, à écouter nos deux respirations. La sienne est profonde, longue.
" - Marie-Catherine, croyez-moi, j'ai essayé de m'interposer entre ce projet et nous mais c'était peine perdue. Le Roi veut que toute la cavalerie du Nord parte pour l'Angleterre.
- Vous partez quand ?
- En fin de semaine. " Nous nous mîmes au lit. Je n'aspirais qu'à une seule chose en ce temps-là : être avec lui le plus longtemps possible.

# Posté le mardi 13 mai 2008 11:33

Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:50

I/ 8. Départ.

Le vendredi suivant. Huit heures. A L. où se trouve le campement militaire de Luc.
" - Messieurs, veuillez monter vos chevaux. Vasseur, commencez l'expédition. Je vous rejoins dans cinq minutes.
- Bien, monsieur. " Et il s'éloigna. Luc se tourne dans ma direction. Avant qu'il ne dise une parole, je lui saute au cou, larmes aux yeux.
" - Tenez. C'est mon portrait.
- Merci. Je n'en aurai pas besoin.
- Si vous oubliez un détail ?
- Je n'oublierai pas. Jamais. Sur mon honneur.
- Luc, faîtes très attention à vous.
- Toujours. Et vous de même. Si vous avez des ennuis, allez à Li. Et trouvez ma s½ur ou mon frère, ils vous aideront.
- Ecrivez-moi.
- Tous les jours.
- Si vous en avez le temps. Au revoir, Luc.
- Je vous aime. " Et il sauta à cheval, cabra l'animal et fila rejoindre les autres membres de la cavalerie. Quant à moi, je partis, le c½ur lourd à L. où m'attendait Elizabeth Tissandier, mon élève.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:27

Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:46

I/ 9. Attente récompensée.

Je n'ai jamais aimé le mois de novembre. L'automne est une saison triste. Il n'y a rien à voir, rien à faire. Papa aussi est occupé par ce qui se passe en Angleterre. Il est préoccupé. Seuls Paul et Jean ne sont pas atteints par la monotonie de l'automne. Novembre s'écoule, ainsi que décembre. Avec lui arrivent le froid, Noël, mon anniversaire. Décembre, mon mois préféré. Enfant, j'attendais avec impatience la fin de l'année car elle m'apportait des cadeaux. Beaucoup de cadeaux d'un coup. Janvier. Janvier et le froid, mais aussi la neige. Pour me distraire mes frères m'invitent tous les samedi après-midi à faire avec eux une bataille de neige. Quelle gamine ! Mais je m'évade. J'oublie la tristesse, la solitude. Le seize janvier me rappelle à regret que je suis mariée et que mon mari est en Angleterre. Je n'ai reçu que trois lettres de lui. La dernière date du jour de mon anniversaire. Triste premier anniversaire de mariage ! Et moi qui avait pensé, un an auparavant, dîner avec lui en tête à tête, seul à seul ! Je n'espère qu'une seule chose : qu'il me revienne sain et sauf le plus tôt possible. Février. Mois maussade. Au revoir neige, d'une blancheur immaculée ! Bonjour pluie, vent, boue. Le temps se gâte de plus en plus, ce qui a pour effet d'interdire les jeux à l'extérieur aux jumeaux. Ils se concentrent sur leurs cours. Et moi de même. Elizabeth n'est pas une élève modèle mais s'applique tant bien que mal à satisfaire sa belle-mère. De plus, celle-ci lui enlève son seul réconfort dans ce pays étranger : Mme Tissandier exige que l'orpheline s'exprime en français et qu'elle n'utilise l'anglais que pendant nos leçons de première langue vivante. J'essaie cependant de la faire parler au maximum anglais. C'est sa langue maternelle. Son français n'est pas parfait mais elle s'améliore de jour en jour à une vitesse fulgurante. Voici qu'arrivent les vacances d'hiver. Repos pour tout le monde à la maison. Les garçons s'aèrent l'esprit. Dans quelques jours, c'est le trentième anniversaire de Luc. Comme j'aurai aimé lui préparer une fête ! Une petite réception, un bal. Mais rien de tout cela puisqu'il ne sera pas là. J'ai un mauvais pressentiment. Luc ne m'écrit plus, Papa ne nous informe plus de l'avancée des troupes françaises en Angleterre. Ils ont perdu. C'est ça, ils ont perdu, et Papa ne veut rien me dire. L'attente d'un être cher est toujours oppressante. Surtout quand on a aucune nouvelle d'elle depuis plusieurs mois. J'attends. J'attends tous les jours, une réponse, un signe de quiconque saurait quelque chose à propos de la situation des cavaliers là-bas. Le seize février est un mardi. L'anniversaire de Luc. Et il ne sera pas là. A cause du Roi. Pourquoi le Roi a décidé d'envoyer la cavalerie en Angleterre ? Pourquoi pas l'artillerie ou l'infanterie ? Que les Anglais se débrouillent tous seuls ! Les Français ont d'autres chats à fouetter ! Qu'ils me rendent mon Luc ! J'imagine ce qu'aurait pu, qu'aurait dû être le seize février de cette année. Une magnifique journée. Ciel dégagé, soleil brillant haut dans les cieux. La fin de l'hiver. Un jour où nous aurions pu effectuer maintes balades à cheval, Luc et moi. Mais non. Les dieux en ont décidé autrement. Le soir, mes frères me présentent la pièce de théâtre qu'ils étudient : Les fourberies de Scapin de Molière. J'ai moi aussi étudié cette pièce. Je ne les écoute qu'à moitié. Mon esprit est de l'autre côté de la Manche. Je pense à Luc. Que fait-il ? Vit-il encore ou, malheur !, est-il tombé au front ? Je le saurai peut-être demain, peut-être dans des mois. Une heure passe, puis deux. Pendant le dîner, je demande à mon père s'il a des nouvelles de la guerre en Angleterre. Il me répond qu'il ne connaît pas plus que moi la situation là-bas. Une semaine auparavant les rebelles gagnaient, puis silence. Plus personne n'écrivait à personne, de peur de se faire intercepter par l'ennemi. C'est beaucoup trop pour moi. Déjà que je ne comprends pas pourquoi Luc est parti se battre à des kilomètres de chez lui, mais pourquoi des Français devraient mourir pour une cause qui n'est pas la leur ? Passe encore que des Anglais bataillent contre ces rebelles, mais des étrangers ? Non. Que chacun se batte pour lui-même, son Roi, sa patrie. Je monte dans ma chambre, prétextant un mal de tête. Je prends mon carnet, j'écris ce qui s'est déroulé depuis le trente et un août, l'année précédente. J'en ai des choses à écrire ! Je me demande ce que font Melles Ingram, Melle Morvan, Melle Carmichael, Mrs Jaurès, Mr Vintage, Mr Carmichael. Sont-ils mariés ? Ou encore célibataires et à courir après les jeunes filles lors des réceptions ? Cela ne me concerne pas. Ils font ce qu'ils veulent. Des bruits de sabots claquent sur les pavés à l'entrée du domaine. Lourds et pourtant rapides. C'est peut-être un messager. Espoir éternel ! Espoir volatilisé car fausse alerte. Il monte au premier étage et entre dans le bureau de mon père. Je reste cependant tendue. Peut-être a t-il des nouvelles de Luc. Il redescend et se perd dans les bruits familiers des cuisines. Je prends un livre et commence à lire. Mais mon esprit est occupé par cet homme. Papa m'aurait averti si cela me concernait. Un messager pour Papa. Pas pour moi. Pourtant le bruit de ses pas ne m'était pas étranger. Je rêve ! C'est ça. J'espère que c'est Luc mais c'est impossible, Luc est en Angleterre. J'ai mal à la tête. Je m'allonge sur mon lit. Les jumeaux courent dans toute la maison. Papa leur dit d'aller dormir, tout de suite ! Ils y vont en ronchonnant. Quel âge ont-ils ? Quinze ans. En juin, seize. De véritables adolescents. On frappe à ma porte. C'est peut-être Papa ! Non, ce n'est pas mon père, c'est quelqu'un qui m'est encore plus cher. Luc ! Luc est ici ! Vivant ! Je me jette dans ses bras. Que je suis heureuse ! Enfin ! Nous nous regardons. Que du bonheur dans ses yeux ! Yeux marrons.
" - Enfin ! " C'est tout ce que j'arrive à lui dire. Enfin ! Il doit sûrement être fatigué. Avoir fait le voyage de si loin. Il me lâche les mains, recule de deux pas et me scrute. Je n'aime pas du tout quand il fait ça.
" - Vous n'avez pas changé.
- Si, Luc. J'ai pris quelques kilos. Quand vous n'étiez pas là, je n'ai plus fait attention à moi. J'ai toujours pensé à vous. Oh, Luc. Enfin ! Vous m'êtes revenu. " Je me blottis encore à lui. J'en avais besoin.
" - C'était vous, le messager ?
- Oui.
- Pourquoi n'êtes vous pas venu me voir tout de suite ?
- Dans l'état où j'étais ! Non, Marie-Catherine, non. " Il s'assit sur le lit. Je ne savais pas quoi faire. J'écris dans mon carnet l'arrivée surprise de Luc. Le seize février.
" - Luc, pardonnez-moi d'avoir oublié. Bon anniversaire ! " Il sourit. Il a trente ans. Il ne les fait pas.
" - Je n'aurais jamais cru que la guerre durerait aussi longtemps. Les rebelles étaient bien préparés.
- Mais, vous l'étiez aussi, non ?
- Bien sûr. Sauf qu'ils connaissaient déjà le terrain. On a gagné de justesse. Ils avaient mal calculé une sortie du fort et nous en avons profité.
- Vous avez perdu beaucoup d'hommes ?
- Quelques uns. Les anglais en ont sacrifié pas mal. Un tiers environ.
- Pauvres anglaises !
- Pourquoi ?
- Je n'aurais jamais pardonné aux Rois si vous vous étiez fait tuer.
- C'est le métier qui veut ça, Marie-Catherine.
- Le plus important pour moi est que vous soyez en vie. Le reste...
- On s'en contre fiche. " Il se lève, me porte jusqu'au lit où il me dépose. Il veut dormir. J'enlève jupe, gilet, chemise. Lui de même. Il se couche à mes côtés. Je ne sais pas quoi faire. Il me regarde, joues quelque peu empourprées. Il en a envie. J'en ai envie. Oui, Luc, je sais ce que vous voulez faire. Allez-y ! Je ne sais pas moi-même si je suis prête, mais j'essaierai de faire de mon mieux. Ses lèvres sont comme au premier jour. On s'embrasse avec fougue. On s'aime, peu importe le reste. Il enlève mon haut, parcourt tout mon corps de ses mains, de sa bouche, de son corps. J'oublie le monde entier. Il n'y a que Luc qui compte. Oui, Luc. Il se débarrasse de nos vêtements superflus. Il a chaud. Et moi, alors ! Je suis en train de brûler ! A mon tour de partir à la recherche du bonheur, dans ce corps étranger. Je couvre de baisers son visage, son cou, ses épaules, ses bras, sa poitrine, large, musclée, lisse, son ventre et je descends de plus en plus bas. Je m'étonne du fait que toute timidité se soit évanouie en un instant. Et lui ! Il n'aurait sûrement pas imaginé cela d'une fille de dix-neuf ans comme moi. Il m'enlace de ses longs bras. Je me perds dans ce bonheur inconnu. J'entoure son cou pâle de mes petits bras, il me soulève et m'assoit sur ses cuisses. Je sens son sexe près du mien. Ils se caressent involontairement, ce qui actionnent chez nous des spasmes d'intensité croissante. Notre comportement n'a plus rien d'humain. Nous sommes de simples animaux qui cherchent à combler un manque. Le mien se situe entre mes cuisses, le sien aussi. Il ne dure que quelques millièmes de secondes durant lesquelles nous sommes dans un état différent de celui que nous connaissions jusqu'à présent. J'ai peur, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas assouvir son désir. Mon bonheur atteint son point culminant quand il me pénètre, lentement, profondément. Mon corps m'interdit de crier, d'exprimer ce que je ressens. Je le regarde, il a des yeux gris. Yeux gris. Plus d'yeux marrons. Yeux gris comme la lune. Ils dissipent les ténèbres qui nous enveloppent. Et dans un soupir, il lâche :
" - Je veux trois enfants. Deux filles et un fils. " Je m'abats. Je m'abats sur lui, fatiguée comme je ne l'ai jamais été. Heureuse. D'avoir pu connaître cet instant magique avec lui. Et nous sombrons dans un sommeil que l'on voudrait sans fin.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:29

Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:47

II/ QUATRE ARRIVANTES - 1. Un Heureux Evènement ?

Les vacances d'hiver se terminent. Les élèves retrouvent leurs instituteurs, les instituteurs leurs élèves. Le mois de mars arrive. Puis celui d'avril. Le printemps. Jolie saison. Les oiseaux chantent, la nature a repris de belles couleurs vertes, jaunes, rouges et autres. Pâques. Les garçons cherchent les ½ufs dans le jardin. Ils en trouvent beaucoup. Papa a été généreux cette année. Ils s'empiffrent de chocolat. Et Papa. Et Luc. Moi, je n'y arrive pas. J'ai perdu l'appétit depuis mon rapport avec Luc. Est-ce là l'une des conséquences de cet acte ? J'essaie de plaire à Luc et donc je fais attention à ce que je mange. Mais je n'arrive pas à maigrir. Mai. Les bourgeons éclosent en retard. Les ½ufs des différents oiseaux installés dans les arbres laissent surgir des petits, fins, nus, complètement différents de leurs parents. Avec Mai sont apparus chez moi nausées et vomissements. Je ne comprends aucun de ces phénomènes. Un dimanche Luc m'emmène en promenade à cheval. Nous parcourons sur le même animal des centaines de mètres. Je retrouve des paysages que j'avais oubliés ou jamais vus. Forêts, lacs, champs dorés. Il fait chaud ce jour-là. Je suis blottis contre Luc qui me fait visiter les contrées connues ou inconnues. Je ne l'écoute qu'à moitié. J'ai mal à la tête. Très mal. Des larmes coulent sur mon visage. J'ai mal partout, au ventre, dans le bas-ventre, au c½ur, au dos, aux jambes. Ma tête est de plus en plus lourde. Je n'ai jamais eu cette sensation auparavant. Que m'arrive t-il ? J'ai du mal à respirer. Luc, aidez-moi. Je ne sais pas ce qui m'arrive ! Luc ! Mes yeux se ferment. Je m'évanouis.
On bouge autour de moi. Je me retrouve dans ma chambre comme à chaque fois.
" - Mademoiselle, vous m'entendez ? Mademoiselle !
- Oui ?
- Je suis médecin. Comment vous sentez-vous ?
- Je ne sais pas. Qu'est-ce qui m'est arrivé ?
- Vous vous êtes évanouie, Mademoiselle. Quant à savoir pourquoi, vous seule le savez.
- Comment ?
- J'ai établi un diagnostic. Mais il me manque quelques détails. Avez-vous eu ces derniers mois des nausées, des vomissements, des maux de têtes infernaux ?
- Oui. Et aussi des envies d'aller souvent aux toilettes pour trois fois rien.
- C'est bien ce que je pensais. Vous attendez un heureux événement. " me dit-il avec un sourire. Il remballa ses affaires et sortit. Un heureux événement ! Je suis enceinte ! J'ai un enfant à l'intérieur de mon corps. C'est très bizarre. Je repose ma tête sur l'oreiller. Je suis enceinte. Je porte l'enfant de Luc. Luc ! Il ne le sait peut-être pas. Je saute du lit, ouvre la porte et découvre Papa, Jean, Paul et Luc. Je lui souris timidement.
" - Alors ? Le médecin a trouvé quelque chose ? " demande mon père. Je le regarde droit dans les yeux.
" - Oui. Luc, je peux vous voir ? " Nous entrons dans ma chambre. Je ne sais pas comment le lui annoncer.
" - Merci, Luc, de m'avoir ramener à la maison.
- Pourquoi vous êtes-vous évanouie, Marie-Catherine ?
- Luc. Je... Je suis enceinte ! " Yeux noirs. Profonds yeux noirs. Il me fusille du regard. Il n'est pas content d'être père. J'ai peur. J'ai peur quand il fait ça. Son regard se pose sur mon ventre. Il le détourne vers la fenêtre.
" - C'est tout ce que ça vous fait ? Vous n'êtes pas heureux ? " Son visage impassible m'énerve. Il sera père dans quelques mois et voilà ! Il s'en fiche comme d'une vieille chaussette.
" - Sortez, Luc, vous m'énervez. Sortez ! Dehors ! Je ne sais pas ce que vous faîtes ici. Mr Carmichael aurait sûrement fait un meilleur père. Allez-vous-en ! Je ne veux plus vous voir. Du balai ! " Je le tire par la manche et il obéit comme un enfant. Mon père et mes frères tournent vers moi un regard interrogateur.
" - Il ne veut pas de son enfant. " dis-je tout simplement. Et je me sauve dans ma chambre pour y pleurer sur mon sort.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:33

Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:48