II/ 2. Orpheline.

Le mois de juin fait une entrée tardive cette année. Il pleut la première quinzaine. Le dernier jour de juin est un jeudi. Je me rends chez Mme Tissandier pour faire travailler Elizabeth. La mère n'est pas là. Je demande des explications à la fille.
" - Elle est partie hier matin pour l'Amérique.
- Pour combien de temps ?
- Je ne sais pas. Mais, Madame, quelque chose ne va pas ? J'ai l'impression que vous avez changé.
- Elisabeth, j'ai aimé mon mari pendant près de deux ans. Il m'a mise enceinte et ne veut pas reconnaître l'enfant. Alors maintenant, je le hais parce qu'il n'accepte pas ses responsabilités. Mais bon. Il y a pire que moi. Vous avez appris le texte que nous avons étudié la semaine dernière ? "
La journée se passa sans incident, tout aussi monotone, rébarbative qu'à l'habitude.
" - Un message pour Melle Tissandier. " Elizabeth prend la lettre et la lit. Ses yeux bleus clairs s'élargissent à chaque phrase. Elle repose la lettre et me regarde tristement.
" - Quelque chose ne va pas ?
- Maman est morte. " Sa belle-mère morte ? Elle pleure en silence. La seule personne qui lui restait est partie. Elle est seule.
" - Comment cela ?
- Le navire sur lequel elle avait entrepris de voyager a coulé quelques minutes après le départ. C'est ce qui est écrit. Oh, Madame ! Que dois-je faire ?
- Qui vous a écrit ?
- La police. " Donc c'est bien vrai. Elizabeth a treize ans et est orpheline. Je la prends dans mes bras pour la consoler.
" - Votre mère a t-elle laissé un testament ou une lettre énonçant ce qu'il faudrait faire de ses biens ?
- Oui, dans sa chambre. " Elle rapporta aussitôt l'enveloppe. Elle me la tendit mais je refusai. C'est à elle de lire cette lettre. Tous les biens dont disposait Mme Tissandier revenaient au maire de la ville, son frère. Rien pour la gamine. Injustice ! Mais telles étaient les dernières volontés de cette femme. Il était écrit au dos de la feuille :
'Je ne veux surcharger mon frère d'un être humain aussi incompréhensif qu'Elizabeth; de ce fait, j'aimerai que la fille de mon mari, Elizabeth Tissandier, dont je parle juste avant, soit sous la tutelle de sa présente institutrice, Mme Du Catillon Marie-Catherine. Si celle-ci refuse, ce que je comprendrais parfaitement, qu'Elizabeth soit mise en orphelinat, quel qu'il soit.'
Je peux prendre Elizabeth avec moi, à la maison ? Elle y sera mieux qu'ici ou dans un orphelinat.
" - Madame, vous savez, vous ne devez pas me prendre avec vous. Je peux vivre dans un orphelinat, ce sera du pareil au même pour moi.
- Non, Elizabeth. Je serai très heureuse de t'accueillir chez moi, enfin chez mon père, parce que je n'ai pas de chez moi.
- Vraiment ? Mais, votre père...
- Il n'y verra aucune objection. Fais ta valise. Nous devons débarrassez le plancher au plus tôt. Ah oui, tu ne comprends pas. Nous devons partir. " Il nous fallut près de deux heures pour rassembler les affaires de la fille. Une fois arrivée à la maison, je m'entretins avec Papa de la situation. L'enfant serai la bienvenue si elle ne causerait pas d'ennuis. Quels ennuis ! ? Elle eu sa chambre, plus petite que la mienne. Les garçons se montrèrent très amicaux envers elle. Surtout Jean. Une vie de plus dans une maison et la voilà complètement changée. La vie changera aussi quand j'accoucherai. Je ne veux pas de cet enfant. Mais il a besoin de moi.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:35

Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:48

II/ 3. Accouchement.

Pendant les vacances d'été, nous partîmes au bord de la mer. L'eau, le vent, le sable, la chaleur me firent du bien. J'oubliai le mariage désastreux, le mari, l'enfant, tout. Jouant comme une gamine avec la jeunesse, mes frères et Elizabeth. J'eus encore quelques vomissements mais beaucoup moins imprévus qu'au début. J'acceptai le fait d'être mère plus facilement, ayant une famille qui m'aime. J'adorai voir l'étonnement dans les yeux de ces quatre personnes, quand ils posaient leurs regards sur mon ventre grossissant. Comme j'aurai aimé que tous ces yeux bleus fussent marrons. Yeux marrons. Luc. Je pensai à lui chaque soir et chaque matin. J'aurai tant voulu qu'il soit ici, avec nous.
Avec septembre arriva la rentrée des classes. Je continuai d'aider Elizabeth dans ses leçons. Mais au mois d'octobre, mon père prit une institutrice pour l'adolescente.
" - Il faut que tu te reposes avant l'accouchement. " m'a dit mon père. Il était heureux, peut-être l'aurait-il été si le père de l'enfant était là. Il faut que je me repose. Avant l'accouchement. Quand aura t-il lieu ? L'accouchement. Un mot qui fait peur. Je demandais à mon père comment s'étaient passés les deux grossesses et deux mises au monde de Maman. Maman avait mis seize heures pour moi et autant pour mes frères. Seize heures ! Mon Dieu, que c'est long ! Souffrir pendant tout ce temps. J'espérai du réconfort, mais c'était plutôt de l'appréhension que je ressentais. Novembre. Novembre et le mauvais temps. J'avais calculé qu'ayant couché avec Luc en février, j'accoucherai en novembre. 2ième mois + 9 mois = 11ième. La journée, je brodais des vêtements pour l'enfant à naître. Tout petits, tout blancs. La première semaine de novembre, mon père m'offrit en avance un berceau pour le bébé. On le plaça dans ma chambre comme je l'avais désiré. Cet enfant sera toujours avec moi. Toujours. Même si je ne l'aime pas encore. Un mercredi matin, en me levant, je me sentis particulièrement mal. Dans le bas-ventre. Quelque chose me lacérait. Je m'étais assise sur le fauteuil, pour ne pas tomber. J'appelai Elizabeth. Sa chambre étant juste à côté de la mienne, elle m'entendit et vint rapidement. Un quart d'heure plus tard j'étais allongée sur le lit, Paul près de moi. Ils avaient envoyé un message à Papa et au médecin. Celui-ci arriva une demi-heure plus tard. Je me trouvai seule avec lui et la sage-femme, une dame d'une trentaine d'années.
" - La dilatation a déjà bien commencer. Depuis combien de temps avez-vous mal, Madame ?
- Une heure et demie environ.
- Détendez-vous, Mademoiselle, détendez-vous. " La sage femme m'appelait toujours Mademoiselle alors qu'elle sait que je suis mariée.
" - Pensez à autre chose, Mademoiselle. Tenez, fixez le calendrier qui est derrière nous. " J'exécutai ses ordres. Une heure passa, puis deux. Je n'arrivai pas à me détendre. Comment veulent-ils que je sois détendue ? J'ai mal, c'est ma première grossesse, je n'ai personne à mes côtés. Il faut dire que je n'ai voulu personne.
" - Mademoiselle, connaissez-vous d'autres dames qui puissent être dans la même situation que vous ? Peut-être nous les connaissons.
- Melle Ingram ?
- Celle-la s'est mariée à Mr Vintage. Elle a accouché en mars d'un garçon. Elle a mis le temps. Dix-sept heures ! Le cheval n'a rien facilité. Et elle est encore enceinte.
- Et sa s½ur ?
- Melle Ingram Marguerite est devenue Mme Carmichael. Ils ont eu un fils le mois dernier. Ça lui a pris une quinzaine d'heures.
- Melle Carmichael ?
- Elle prépare son mariage avec Mr Jaurès. Pas d'enfant.
- Ils ne sont pas mariés. Et l'autre Mr Jaurès ?
- Célibataire. Militaire. D'après son frère, il est souvent en voyage.
- Melle Morvan ?
- Je ne connais pas. " Je m'étais détendue. Comme ça, Rose a mis dix-sept heures. Elles s'étaient à peu près toutes mariées et avaient eu déjà leur premier enfant. Les contractions avaient été au début très violentes, mais maintenant elles devenaient régulières. Elles me faisaient mal, mais je tenais le coup. Maman n'avait pas crié. Je ne crierai pas, moi non plus. Une heure passa encore. L'horloge dans le couloir sonna treize heures. Les contractions se firent plus vives, plus douloureuses. Je supportais comme je le pouvais. Je n'exprimai pas ma douleur mais mon visage ne pouvait la cacher. Je souffrai trop. Luc. Aidez-moi, Luc. Pourquoi je l'appelle alors qu'il m'a laissé ? Parce que je l'aime. Je m'endors. Je rêve. Je suis sur une plage. La mer. Je suis enceinte. Normal, je n'ai pas encore accouché. Qu'est-ce que je fais sur une plage ? J'étais en train d'accoucher. J'ai très envie de nager, je ne sais pas pourquoi, mais j'en ai envie. Je nage. Loin. Très loin. Je panique, je ne sens plus le sol sous mes pieds. Au secours ! A l'aide ! Je ne veux pas mourir. Pas maintenant. Je dois vivre. Vivre pour l'enfant que je porte. J'aperçois une lumière dans le ciel. Un visage se dessine. J'y perce deux yeux marrons. De beaux yeux marrons. Des cheveux noirs ondulés sur la nuque. Luc. Il me sourit. Luc, aidez-moi. Sauvez-moi.
" - Mademoiselle ? Mademoiselle ? Vous m'entendez ? " C'est la sage-femme. Je l'entends. Je la regarde. J'ai le visage baigné de larmes.
" - Vous vous êtes endormie. Ce n'est pas grave. Reposez-vous deux minutes. " J'essuie les larmes. Je respire. J'ai très mal. Très mal au ventre. J'en informe le médecin. J'ai envie de pousser.
" - La dilatation est terminée. Vous n'en avez plus pour longtemps. Ecoutez bien ce que je vais vous dire de faire. " J'ai envie de pousser fort, très fort. Je fais ce que le médecin me dit de faire. Je pousse, je souffre, je respire. Après une demi-heure d'atroces souffrances, je donne naissance à l'enfant. Il crie, hurle. L'entendre amène en moi des sentiments nouveaux : fierté, satisfaction d'avoir mis au monde cet enfant, peine qu'il soit déjà sur terre. Je vais devoir le partager avec ma famille. Je peine à m'asseoir sur mon lit. Le médecin examine le nouveau-né. Je reprends des forces. Je soupire. C'est terminé. La sage-femme me met dans le bras mon enfant. Il est joli.
" - C'est une fille, Madame. " Une fille. Elle est rousse. Elle crie. Elle a les yeux marrons de son père. Elle me regarde avec étonnement. De grands yeux marrons. Yeux de Luc. Je la nourrie au sein. Elle boit goulûment.
" - Laissez-moi entrer, docteur ! Je suis le père de l'enfant ! Père, lâchez-moi ! Je ne leur ferai rien.
- Laissez-le entrer, s'il vous plaît. " dis-je à la sage-femme. Elle lui ouvre. Il entre, passe devant la sage-femme comme si elle n'existait pas, s'agenouille près du lit. Il me regarde nourrir sa fille. Ses yeux sont pleins de tendresse, d'amour, de regret.
" - Marie-Catherine, me pardonnez-vous d'être parti, vous laissant dans une situation que vous n'auriez jamais dû connaître seule ?
- Luc, vous êtes déjà pardonné. Vous m'avez beaucoup aidé pendant l'accouchement. Comment allez-vous appeler votre fille ?
- Notre fille. Trouver lui un prénom.
- Dans ma famille, ce sont les pères qui choisissent le prénom de leur fille.
- Dans la mienne, ce sont les mères. On est coincés.
- Luc, elle a vos yeux. De jolis yeux marrons. Mais les cheveux... Personne n'a de cheveux roux. Maman était blonde.
- Ma mère était rousse, cela explique la couleur de cheveux de... Juliette. J'ai commencé. On donnera un nom à nos enfants chacun son tour. C'est une nouvelle règle, règle de base de la famille que je veux fonder avec vous. " Il m'embrasse la main, la joue et sa fille.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:37

Modifié le mercredi 14 mai 2008 03:49

II/ 4. Ressemblances.

La naissance de Juliette a apporté beaucoup de changements dans ma vie. Je connais désormais les quelques joies d'être mère. Quelques, oui, car ma fille ne s'intéresse pas à moi. Est-ce de ma faute si elle évite mon regard, ma présence au profit de son père. J'éprouve de la jalousie envers ce bébé qui grandit à une vitesse fulgurante. Voici un an et demi que j'ai accouché. Un an et demi. Que le temps passe vite ! Je ne m'en rends compte que maintenant. Juliette ressemble beaucoup à Luc. Et plus précisément à sa tante, Caroline. Quand elle est venue de Li. avec son frère pour le baptême de Juliette, la ressemblance m'a frappé. D'après eux, Caroline a hérité de tous les traits de sa mère. Donc ma fille est le portrait craché de sa grand-mère paternelle. Cette enfant n'a rien de moi. C'est ma fille et nous n'avons aucun point commun. Je l'aime malgré cela. Je l'aime parce que c'est ma fille. Parce que c'est la fille de Luc. Luc a changé lui aussi. Il est devenu moins spontané, plus joyeux qu'avant. Tant mieux. J'aurai aimé que Juliette change le caractère de son père. Afin qu'il devienne moins colérique, plus patient. Mais s'il avait changé, j'en aurai voulu à ma fille. Juliette. Elle a appris à marcher il n'y a que quelques mois. Et la voilà déjà debout sur ses jambes en train de se faufiler dans les endroits les plus inattendus : les cuisines, le bureau de Papa et la chambre d'Elizabeth. Le langage est plus difficile à lui enseigner. J'ai essayé mais impossible, cet enfant ne peut pas rester assis trente minutes tranquillement. Il faut qu'elle bouge. Les seuls mots qu'elle prononce à tout bout de champ sont Maman et Papa. Mais même si elle n'en fait qu'à sa tête, Juliette est aimée de tout le monde à la maison. Seul Papa ne comprend pas comment Luc et moi avons pu faire un enfant pareil. Cheveux noirs + cheveux blonds = cheveux roux ? ! Yeux marrons + yeux bleus = yeux marrons, là c'est plus logique. Il aurait peut-être aimé que sa petite-fille ressemble plus à sa fille qu'à son beau-fils. Je n'y peux rien, moi. Juliette est comme elle est, et je n'y changerai rien.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:38

II/ 5. Fierté.

Alors que j'avais réussi à attirer l'attention de Juliette ce jour-là, Luc entra en trombe dans la chambre de sa fille.
" - Juliette, va t'amuser avec Elizabeth. Papa doit parler avec Maman. " Elle sortit. A chacun de ses pas, je pensai qu'elle allait vaciller. Mais non ! Ses petits pieds se frayaient un chemin droit et sûr vers la porte. Dès que celle-ci se fut refermée, Luc m'enlaça très fort et m'embrassa langoureusement.
" - J'ai été promu. " m'annonça t-il avec fierté.
" - Félicitations, monsieur ! " J'adore l'appeler Monsieur.
" - C'est grâce à l'attaque en Angleterre. Et j'ai demandé une faveur à mon supérieur.
- Laquelle ?
- J'ai demandé une mutation sur D.
- Et ?
- Il me l'a donné ! " Je sautais dans ses bras. Luc. Vous êtes fantastique ! D. n'est situé qu'à quelques kilomètres de la maison.
" - Luc, vous êtes phénoménal ! C'est un joli cadeau que vous m'avez fait.
- Cadeau, quand même pas. A vrai dire, j'ai abusé de la situation.
- Pour la bonne cause. " Il est super. Je l'adore. Je suis fière de lui. C'est MON mari. A moi. Le mien. Pas celui de Rose Vintage. Elizabeth arrive avec dans les bras Juliette. Ses yeux marrons sont aussi mystérieux que ceux de son père. Quelle famille ! Ma famille.
" - Regardez-les, Marie-Catherine, on dirait des soeurs.
- C'est vrai.
- Juliette, montre à Maman et Papa le beau dessin que tu as fait. " Notre fille s'exécute. Son dessin ne ressemble à rien. Ce ne sont que des gribouillis. Mais nous la félicitons. Pour son plus grand bonheur ! Et donc pour le nôtre. Elle nous le montre par un radieux sourire. Juliette, je t'aime, ainsi que ton père.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:39

II/ 6. Déménagement ...

En juin, les jumeaux passent les épreuves du baccalauréat. Jean les réussit brillamment. Il obtient la mention 'très bien'. Paul, quant à lui, passe son bac avec mention 'bien'. Papa les récompense comme il se doit en offrant à l'un un cheval et à l'autre un ensemble de livres sur la science. Quand Papa leur a demandé ce qu'ils voulaient faire l'an prochain Paul a répondu :
" - Papa, je voudrais entrer dans l'armée.
- Comme Luc ?
- Oui et non. J'aimerais travailler dans l'infanterie. " Papa ne savait quoi répondre. Je crois qu'il aurait préféré qu'il fasse de la politique.
" - Et toi, Jean ?
- Je ne sais pas précisément. Quelque chose en rapport avec la science. " J'en étais sûre ! La science, la science, la science ! Que ce mot dans la bouche de Jean. Chimie, physique, radioactivité... Papa approuve ce choix. Je convaincs Papa avec l'aide de Luc de laisser Paul faire une carrière militaire. Il en a toujours rêvé ! Papa le sait, mais trouve que ce genre de travail ne paie pas assez.
" - J'ai l'impression d'entendre mon père, Mr Caplain. Vous valez beaucoup mieux que lui, non ? Vous savez comment il est. Vous le connaissez tout autant que moi, voire même mieux. " Le verdict est tombé : Paul a le droit de se consacrer à la guerre. Quand j'ai entendu cela, j'ai couru embrassé Papa. Oui, c'est mon père, je le reconnais.
Luc et moi avons décidé de déménager en juillet. Notre nouvelle maison est un peu plus petite que celle de mon père. Il y a deux étages en plus du rez-de-chaussée. Les pièces sont plus carrées mais aussi plus petites que les autres. Le déménagement s'est effectué sur les trois premières semaines de juillet. Mon père tient absolument à nous voir une fois par semaine, c'est pourquoi nous passons la journée du dimanche chez Papa. Elizabeth n'est pas venue avec nous du fait que c'est mon père qui lui paie la professeur. Juliette a assez mal accepté ce changement. Elizabeth n'étant plus là, ma fille s'est rapprochée de moi. Luc, elle et moi formons une famille unie, ce qui compte beaucoup à mes yeux. La dernière semaine de juillet, Luc m'a laissée découvrir pour la deuxième fois ses yeux gris. Magnifiques yeux gris. Papa nous a proposé de passer le mois d'août au bord de la mer. Proposition que nous avons derechef acceptée. Merveilleuses vacances. Luc était là, pas comme deux ans auparavant quand j'étais seule, oubliée de la société, à maudire mon mari et le Destin. Destin qui a eu pitié de moi. Pendant que Jean initiait Elizabeth à la brasse, Paul et Luc discutaient de la vie militaire. Papa lisait ses journaux. Je jouais avec Juliette dans le sable mouillé des plages du Nord. Le temps s'écoulait paisiblement. En septembre chacun rentra chez lui. Paul travaillait dans la même caserne que Luc à D., Papa sur Li. Ainsi que Jean. Il restait à Elizabeth deux avant le baccalauréat. D'après ses résultats, Paul affirmait qu'elle l'aurait sans difficultés. Jean optait même pour une mention 'très bien'. Elle s'appliquait à ne décevoir ni mon père ni mes frères. Elle corrigeait leur anglais, ce qui l'amenait parfois à avoir des parties de plaisir. En octobre, je fis appeler le médecin pour maux de tête, vomissements, nausées et douleurs dans le bas du dos.
" - Madame, vous attendez un enfant. " m'annonça t-il pliant bagages. Un enfant ! Un deuxième enfant ! Hourra ! Youpi ! Quand j'annonçai à Luc la bonne nouvelle, il ne put s'empêcher de sourire timidement. Il était quelque peu fier de cet acte que j'avais trouvé au tout début inconcevable. J'adorais voir ses yeux s'agrandir à la vue de mon gros ventre. Gros, il l'était ! J'eus l'impression que celui-ci prenait plus de volume plus rapidement que lors de ma première grossesse. Que j'étais heureuse ! Quand nous annonçâmes à Juliette qu'elle aurait soit un petit frère soit une petite s½ur, elle tourna innocemment vers nous des yeux noirs. Oui, Juliette a les yeux de son père. Marrons en temps normal et noirs quand elle est mécontente. Nous célébrâmes Noël en famille. Vingt-cinq décembre. J'ai vingt et un an. Cinquième mois de grossesse. Je le passai sereinement. Nous l'avons voulu, cet enfant. Je le sens bouger, mais il est discret. Je porte déjà de l'amour pour cet enfant.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:40