II/ 7. Aveuglement.

Des cavaliers. Des cavaliers entrent. Ils lancent des cris incompréhensibles. Ils sont étrangers. Que font-ils ici ?
" - Madame, vite ! Sauvez-vous ! Ils arrivent ! " Je sors de ma chambre, entre dans celle de Juliette, la prends et me sauve. Où ? N'importe où ! Des cris fusent de tous les côtés. Peur panique dans tout le domaine. Ils sont entrés dans les cuisines. Pas question de descendre. A moins que.. Oui ! Je descends tant bien que mal par derrière. Je sors dans le jardin en essayant de passer inaperçu. Juliette et mon enfant me fatiguent. Ainsi que la neige. Nous sommes en janvier. J'arrive tout de même à m'abriter dans la forge. Il y fait meilleur que dehors. Je me repose. J'écoute. Des cris, des ordres, des rires. Atroces. Je lis dans les yeux de Juliette de la peur. J'ai peur moi aussi. J'espère qu'ils ne nous trouveront pas. Des bruits de pas étouffés. Je retiens ma respiration et plaque ma main contre la bouche de Juliette. Il entre. Un homme. Un pillard. Il a les yeux rieurs à ma vue.
" - Tiens, tiens, tiens. La maîtresse de maison. Que faites-vous ici, Madame ? Ce n'est pas un endroit pour une dame de votre rang. " Je le regarde attentivement. Que va t-il faire ?
" - Petite, je vais m'amuser avec Maman et après ce sera avec toi, même s'il faudrait attendre. Ah ah ah ! "
" - Ne lui faites rien, s'il vous plaît.
- T'as pas compris, je crois, M'dame. Je vais d'abord m'éclater avec toi, même si avec un ventre pareil... C'est ton mari qui a fait ça ou ton amant ? " Je rougis. Juliette s'est collée contre moi. Elle tremble comme une feuille.
" - Oh, ou bien mieux. T'as une fille. Eh bien, regarde la bien, parce que tu ne la reverras plus jamais. " Il sort son sabre de son fourreau, la trempe dans le feu brûlant de l'âtre et se dirige vers moi. Que faire ? Je recule, tenant par la main ma fille. Que fait-il ? Il s'avance de plus en plus vite, un sourire diabolique aux lèvres.
" - Non ! " Il m'arrache Juliette qu'il repousse dans un tas de foin, me tord un bras et avance son sabre près de ma figure. Je vois Juliette, épouvantée par cette scène. Je me débats comme je le peux mais cet homme est trop fort. Je ferme les yeux pour que l'arme chaude ne les brûle pas. Je sens la chaleur insoutenable du feu sur mes paupières. L'homme appuie de plus en plus avec son sabre. Je hurle de douleur. Pourquoi ? Pourquoi me fait-il cela ? J'ai mal ! Il arrache l'arme de mes yeux endoloris.
" - Ouvre les yeux, salope ! " ordonne t-il. Je m'exécute, pas pour lui mais pour moi. Les ténèbres. Il fait noir. Je ne vois rien. Je suis aveugle. Il m'a rendu aveugle. Je tâte mes paupières, mes yeux.
" - Juliette ! " j'appelle. L'homme rit. D'un rire démoniaque.
" - Bien fait pour toi, sale putain ! " Et il sort, je l'entends.
" - Juliette ! " j'appelle une deuxième fois. Elle bouge, me prend la main et pleure dessus. Je ne peux pas la voir. Je ne la reverrai plus jamais. Ma fille ! Je la câline. Et je pleure sur mon sort. Je suis condamnée à rester aveugle jusqu'à la fin de mes jours. Des coups de feu. Des chevaux hennissent.
" - Juliette, il faut qu'on sorte. Trouve la sortie et appelle de l'aide. " Elle court vers une porte, s'arrête.
" - Maman, c'est fermé. " Je me fraye un chemin jusqu'à ladite porte. Fermée, effectivement. Je tambourine sur le bois humide. Juliette aussi. Au bout de quelques minutes d'efforts vains, la porte s'ouvre.
" - Marie-Catherine ? ! " C'est Luc.
" - Holà ! Que s'est-il passé ici ? Juliette...
- Luc, un homme nous a attaqué.
- Pas un mais une vingtaine !
- Nous nous sommes cachées ici, croyant cet endroit sûr.
- Dans une maison, aucune pièce n'est sûre, Marie-Catherine, dans ces circonstances. Comment allez-vous ?
- Mal. Luc, on m'a... " Il me prend dans ses bras et m'appuie contre sa poitrine.
" - Non !
- Que vous a fait cet homme ?
- Il m'a...
- Oui ?
- Luc, je suis désolée, je n'ai rien vu venir ! " Au mot 'vu' je fonds en larmes sur lui. Il prend Juliette dans ses bras.
" - Papa, Maman ne voit pas.
- Pardon ?
- Maman ne voit pas. " Il ne veut pas croire sa fille.
" - C'est quoi cette histoire ?
- C'est la vérité, Luc. L'homme m'a rendu aveugle. Je ne vois rien. Je ne verrai plus jamais ce monde.
- Venez, il faut qu'on sorte. » Il me guide dehors. Je ne veux voir personne. Je ne veux pas que Papa sache, que les jumeaux sachent, qu'Elizabeth sache.
« - Luc, amenez-moi dans ma chambre, s'il vous plaît. " Une fois en haut, je pleurais sur mon lit, voulant mourir. Je ne verrai pas mes enfants grandir. Injustice ! Mais la vie continue son long cours que l'on dit tranquille.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:43

II/ 8. Jumelles.

En mars. Un lundi soir. Je me couche avec un affreux mal de crâne. J'essaie de m'endormir mais impossible. Que se passe t-il ? Je suis exténuée et je n'arrive pas à m'endormir. Je ne sais pas quelle heure il est.
" - Luc ? Luc ! " Je l'appelle. Je ressens les mêmes sensations que lors du premier accouchement. J'ai mal partout. Je tremble inconsciemment. Je prends le bras de Luc pour le réveiller. Je ne veux pas crier. J'ai mal. Très mal. L'enfant pousse.
" - Luc ! " Il m'a entendu.
" - Quoi ?
- C'est pour maintenant, Luc.
- Qu'est-ce qui est pour maintenant ?
- L'accouchement. " Il me regarde comme s'il n'avait rien compris de ce que je lui avais dit. Puis il se lève, appelle un messager, écrit au médecin et se retourne vers moi.
" - Ca ira, Marie-Catherine, ça ira. " Je l'espère mais j'ai mal. Mes muqueuses utérines sont sèches ce qui me déchire. J'attends. Avec Luc. Longtemps.
" - Que fait le médecin ? Il en met du temps. Vous voulez peut-être que j'écrive à votre père.
- Non. " Ils ne sauront que après. Que quand j'aurai accouché. Le médecin entre, suivi de la sage-femme. Ils s'excusent du retard et se mettent au travail. Et moi de même. J'apprends que je n'ai pas encore rompu la poche des eaux. Bien ou non ? Le médecin la rompt. Les contractions surviennent, très espacées les unes des autres. De plus en plus douloureuses. Puis régulières.
" - Alors, Mademoiselle, comment se porte votre fille ?
- Très bien, merci.
- On va faire le même exercice de concentration que la dernière fois, d'accord ?
- Si vous voulez. Comment va Mme Vintage ?
- Elle va bien, du moins en novembre. Elle a accouché de son troisième fils, l'année dernière.
- Troisième ? !
- Oui.
- Et sa s½ur ?
- Je ne l'ai pas vu depuis son premier accouchement. Donc toujours un seul fils.
- Mme Jaurès ? ( Melle Carmichael).
- Deux fois des jumeaux. Quatre garçons.
- Et Melle Morvan ? Non, vous ne la connaissez pas.
- Melle Morvan s'est mariée à l'autre Mr Jaurès. Pas d'enfant. » Elles ont toutes eu des fils. Sauf moi. Mais j'aurai peut-être un fils.
- On passe à la deuxième phase. Madame, vous allez devoir pousser. Peut-être pas aussi fort que la dernière fois. Respirez... Allez-y. " Je poussai, moins fort il est vrai. L'enfant descendait facilement. Le médecin avait du enduire cette partie du corps d'un lubrifiant. Au bout de six heures de poussées, de respiration, de décontraction, l'enfant sortit. Il crie. Je me lâche complètement, me laisse tomber sur la lit. Pourtant j'ai la bizarre impression d'avoir encore quelque à l'intérieur de moi. Je dois être encore enceinte. C'est impossible !
" - Docteur, regardez son ventre.
- J'en étais sûr ! Des jumeaux ! " Quoi ? Des jumeaux ! Moi, avoir deux enfants à la fois ? ! Comme Maman !
" - Son ventre était bien trop volumineux pour n'en contenir qu'un seul. Sylvie, donnez-lui son enfant.
- Voilà, Madame. Une jolie petite fille. " Elle me la dépose dans les bras. Je ne la vois pas. Comment est-elle ? Brune ou blonde ? De quelle couleur sont ses yeux ? Je sens son souffle sur ma poitrine. Elle ne boit pas. Elle dort. Je l'aime.
" - Bon, Madame, il faut continuer. Le deuxième enfant... Vous comprenez. Mais d'abord reposez-vous un peu, buvez, mangez. Je vais parler avec votre mari.
- Docteur, ne lui dîtes pas que j'en attends encore un, s'il vous plaît. " Il sort. Je fais ce que le médecin m'a dit de faire. Je mange, je bois, je me repose. Un quart d'heure plus tard, nous nous remettons au travail. Les heures passent. Je mets au monde le deuxième enfant avec plus de difficulté que le premier. Il ne crie pas. J'ai peur. Pourquoi ne crie t-il pas ? Y a t-il un problème ? Mon enfant ! Non, tu ne peux pas mourir ! Non !
" - Encore une fille ! Elles sont très jolies. Félicitations ! " Elle la met dans le berceau avec sa s½ur. Luc s'impatiente derrière la porte.
" - Pourquoi ? Pourquoi me laisse t-on entrer seulement maintenant ? " Toujours le même. Je souris.
" - Luc, regardez dans le berceau. Vous allez avoir une surprise. " Oh, oui. Une grosse surprise ! Il s'approche du berceau.
" - Deux ? Deux ?
- Deux filles, Luc. Et pas un fils. Je suis désolée.
- Il n'y a pas de quoi être désolée. C'est... merveilleux ! Oui, merveilleux.
- Comment sont-elles ?
- Vous ne leur avez pas demandé ?
- Non, je voulais que ce soit vous qui me les décriviez.
- Ce sont des jumelles. Elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Des cheveux noirs. Et des yeux gris. Couleur extrêmement déroutante. Elles sont plus petites que Juliette. Venez. Elles doivent vous voir. " Il m'aide à me lever. Il m'approche de leur 'lit'.
" - Elles sont magnifiques. On lit dans leurs yeux de l'amour quand elles les tournent vers vous, Marie-Catherine. Elles vous aiment. Et moi aussi " Il m'embrasse.
" - Trouvez-leur un prénom, Madame.
- A la première seulement. L'autre c'est vous qui l'appelez.
- Comment savoir laquelle est la première ?
- Donnez m'en une. " Il me passe une de nos filles. Elle est moins lourde.
" - Celle-ci est la deuxième. Monsieur, son prénom ?
- Madeline. Et l'autre ?
- Isabelle. " Je prends ses petits doigts de la main et m'amuse avec. Oh, ma chérie, je t'aime, je t'aime, je t'aime.
" - Luc, écrivez à Papa. Ils doivent tous venir les voir. Votre famille aussi. Et votre père. "
Deux heures plus tard, Papa entre dans ma chambre avec Paul, Jean et Elizabeth. Juliette a fait connaissance avec ses petites soeurs une demi-heure après l'accouchement. Ce qu'elle était contente !
" - Excusez-moi... " C'est Papa. Il a du voir les yeux de mes filles. Elles ont les yeux de leur grand-mère, de ma mère. Gris très clair. Elizabeth me félicite :
" - Marie-Catherine, je suis très contente pour vous. Avoir trois filles. Comme j'aimerais en faire autant !
- Demande alors à Jean de te mettre enceinte !
- Paul ! Franchement ! A ton âge !
- Quoi, à mon âge ? J'ai dix-huit ans. Je peux parler de ça comme je veux, non ?
- Heureusement que Papa n'est pas là. Et laisse ton frère tranquille. Lui, il s'est trouvé une copine. Et toi, toujours célibataire.
- Toujours ! Et pour les siècles des siècles. Amen.
- Paul ! " Luc éclate de rire.
" - Qu'est-ce qui vous fait rire, vous ?
- Rien, absolument rien.
- Ne mentez pas ! Juliette, persuade ton père de nous dire la vérité. " Elle s'exécute. Et elle gagne. Comment fait-elle ?
" - Simplement, le fait que Paul est un vrai militaire. Fier de lui. Qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense. Un bon soldat.
- J'aime bien toutefois garder ma langue dans ma bouche pour des choses très discrètes.
- Lesquelles ? " demande Juliette. Nous rigolons. On passe du bon temps en famille, oui, du bon temps.
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# Posté le mercredi 14 mai 2008 03:46

III/ PRELIMINAIRES - 1. Conflits familiaux.

Pour le premier anniversaire des jumelles, Luc et moi avons invité Papa, Paul et Jean, Elizabeth, Caroline (la s½ur de Luc), Maxime (son frère) et Mr Ducatillon. Juliette a aidé ses soeurs à souffler leurs premières bougies. Ce qu'elles sont mignonnes, mes filles ! Elles ont reçu beaucoup de cadeaux, pour la plupart des habits. Alors que le thé fut servi, Mr Ducatillon demanda à parler seul à seul avec son fils aîné.
" - Je n'ai rien à cacher, Père. Si vous avez quelque chose à me demander, faîtes. Je répondrai en toute sincérité. " Je tournai mon regard vers l'endroit d'où venaient leurs voix. Je devinai leurs yeux noirs. Luc, pourquoi vous disputez-vous toujours avec votre père ? Pourquoi ? Papa discutait avec Paul et Maxime, Jean et Elizabeth avec Juliette et moi avec Caroline. Les conversations s'étouffèrent. Les personnes présentes écoutaient plus qu'elles ne parlaient.
" - En toute sincérité, toi ? Bien alors, commençons. Pourquoi n'as-tu pas de fils à l'heure qu'il est ?
- Parce que Dieu en a décidé ainsi, monsieur. " répondis-je à la surprise de tout le monde. Je n'aurai pu dire si les yeux de Luc étaient marrons ou noirs.
" - Tu laisses ta femme te défendre ? J'espère qu'en société tu fais mieux que cela.
- Sors de cette maison ! " rugit Luc.
" - Tu n'es pas le maître ici, je crois. Réponds, fils indigne ! Pourquoi trois filles ?
- Où est le problème ? Et comme Marie-Catherine l'a dit, c'est Dieu qui a décidé du sexe de mes enfants. Tu sais très bien que ce n'est ni la mère ni le père de l'enfant qui le choisissent.
- Les filles ne servent à rien ! Elles sont plus dangereuses qu'autre chose. Elles font perdre de l'argent au père !
- Est-ce que Juliette, une gamine de trois ans peut être dangereuse ? Pour toi oui ! Car elle te rappelle quelqu'un. J'ai gagné mon pari. Pourquoi n'aimes-tu pas ma fille ? Pas parce que c'est une fille, mais parce que c'est le portrait craché de sa grand-mère. J'ai eu ma vengeance avec cet enfant. Avoue que tu n'as jamais oublié le meurtre que tu as commis ! Fils indigne, moi, peut-être. Je ne suis pas un modèle, c'est vrai. Mais mes mains ne seront jamais salies par le sang de ma femme !
- Luc, tais-toi ! C'est assez pour aujourd'hui. Père, vous rentrez à L. Maxime, on rentre sur Li. Marie-Catherine, merci pour l'invitation. Encore une fois, félicitations. " dit Caroline. Quand son père eut quitté la maison et Luc fut monté dans sa chambre, elle m'intima :
" - C'est le plus beau cadeau que vous auriez pu donner à Luc. "
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# Posté le jeudi 15 mai 2008 03:17

III/ 2. Héritier.

Depuis que Luc s'était disputé avec son père il se renfrogna et se renferma sur lui-même. Il était souvent de mauvaise humeur, s'en prenait à Juliette, aux jumelles, à moi. Je n'osai pas le questionner au sujet de la conversation mouvementée de peur qu'il ne se fâcha pour de bon. Les vacances d'été furent horribles. Intenables. Heureusement que Papa, Paul, Jean, Elizabeth, Juliette, Isabelle et Madeline étaient là, sinon je crois que je n'aurai pas tenu le coup. Papa voulût que je rentre à la maison, chez lui pour la nouvelle année scolaire. J'ai refusé. Je resterai toujours avec Luc. Même s'il est en ce moment dans un état de colère intense. C'est le père de mes enfants et pour eux, le couple que nous formons doit rester uni. Je ne peux pas être une plaie pour mon père. Mais pour mon mari si. Je ne sais pas quoi faire. Paul vient souvent nous voir à la maison. Il s'occupe des jumelles pendant que j'étudie l'anglais avec Juliette. Cette enfant adore l'anglais. Est-ce parce que Elizabeth était avec elle la plupart du temps ? De toute façon, c'est bien comme c'est. Juliette deviendra bilingue, ce qui l'aidera sûrement dans ses études plus tard. Madeline et Isabelle ont fait leur premiers pas à l'âge de quinze mois. Mais elles préfèrent se balader à quatre pattes. Elles reconnaissent tous les membres de la famille et Isabelle s'extasie à chaque fois qu'elle voit Paul.
Le jour de mon vingt-quatrième anniversaire, je me contemplais dans le miroir quand Juliette et ses soeurs vinrent me souhaiter un bon anniversaire. J'étais nue. Par pudeur, je sortis de mon armoire une robe de chambre, embrassai mes filles et les congédiai dans leur chambre. Quelque chose n'allait pas avec moi. Même si je ne me voyais pas, j'adorais rester des heures seule dans ma chambre à contempler mon reflet. A quoi ressemblais-je à ce moment ? Je n'aurais pu le dire. Luc entra en trombe.
" - Oh, mon Dieu ! " s'exclama t-il. Il me souleva et m'embrassa tendrement.
" - Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit ?
- Dit quoi ? Je ne comprends pas.
- Que vous êtes enceinte, pardi ! " C'est impossible. Je ne peux pas être enceinte. J'ai eu mes règles aux dates régulières. Quelques écoulements, c'est vrai. Mais je les ai eu. C'est impossible. Je posai mes mains sur mon ventre. Rond, en effet. Il posa les siennes sur les miennes. Non, je ne veux pas être enceinte. Pas maintenant. J'ai accouché il y a à peine un an. Pourquoi n'étais-je pas heureuse ? Les jours suivants, je me fis plus distante par rapport à lui. Je lui en voulais de m'avoir mise enceinte aussi rapidement. Je voulais souffler quelques années. Juliette, puis les jumelles et maintenant lui. Jean arriva en mars avec Elizabeth. Juliette monopolisa de suite Elizabeth.
" - Oncle Paul ?
- Paul ne viendra pas, Isabelle. Il a été envoyé dans l'est de la France pour je-ne-sais quelle raison, tu sais, Marie-Catherine.
- Et pour combien de temps ?
- Un an. Deux.
- Pas même un au revoir à sa s½ur ?
- Il s'est disputé avec Papa à propos de filles.
- De filles ?
- Oui. Papa veut qu'il se marie assez vite.
- A quel âge s'est-il marié, lui ? Vingt-trois. Vous n'avez que vingt et un ans.
- Oncle Jean, histoire.
- Très bien, Madeline. » Ils restèrent encore un peu pour dîner.
« - Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi Papa veut marier Paul et pas toi. D'accord, Paul est le plus vieux, mais bon..
- Oh moi, je suis déjà casé. Et fiancé.
- Avec Elizabeth. " Il acquiesça. Ils voulaient se marier en septembre, mais n'avaient toujours pas décidé du jour.
" - Et avec Luc ? " Je haussai les épaules. Quoi Luc ? Nos rapports avaient été tendus depuis Noël. Sa colère envers son père ne s'était pas envolée. Je ne le comprenais pas, moi qui m'étais toujours bien entendue avec le mien. Nous n'étions pas d'accord sur certains points comme tout le monde. Cela avait commencé quand j'avais rencontré Luc. Papa m'avait averti que cet homme n'était pas pour moi. Mais je l'ai pris et lui de même. J'ai l'impression que mon mariage bat de l'aile en ce moment. Six ans. Six ans de mariage. Trois filles et toujours pas un fils. Et Rose Vintage (Ingram) en avait trois. Trois fils pour faire honneur au nom de son mari.
Mes derniers mois de grossesse se passèrent parfaitement bien. L'enfant bougeait beaucoup mais ne me faisait pas mal. En juin, le seize, j'accouchais d'un garçon. Enfin ! Cinq heures seulement furent nécessaires pour mettre au monde ce fils tant désiré.
" - Il a des cheveux d'un brun foncé. Il a des yeux bleus foncés. Il est grand, comme Juliette. Il est superbe, tout comme vous, Marie-Catherine. " me lança Luc, le soir même. Il était dans mes bras et gigotait. Il n'arrivait pas à tenir en place. Il criait facilement, d'une voix grave. Et il buvait ! Combien il buvait ! Des litres et des litres de lait. Heureusement que mon corps en avait en réserve sinon je ne sais pas comment nous aurions fait. Tous affirmaient qu'il était le portrait craché de son père.
" - Maman, je peux lui trouver un prénom ?
- Non, Juliette. C'est Maman qui choisit.
- Pourquoi pas moi ?
- Parce que tu n'es pas la maman du bébé. Quand tu auras des bébés, tu les appelleras comme tu voudras.
- Moi aussi, j'peux avoir des bébés ?
- Oui, quand tu seras grande.
- Comme Maman ?
- Oui. " Elle paraissait plus contente. Isabelle, elle, ne l'était pas. Elle appelait toujours Paul. Madeline adorait les livres. Elle regardait les images avec avidité, d'après Luc.
" - Alors, ce prénom ?
- Pierre. " J'adorais ce prénom. Depuis toute petite, je m'étais décidée à appeler mon fils Pierre. Il n'avait peur de rien. Il marcha tôt, à huit mois. Et parla à quatorze. Juliette l'adorait. Elle le surveillait comme une nounou. Ses premiers mots furent pour sa s½ur. Non seulement elle me prenait mon mari mais aussi mon fils. Je te hais, Juliette. Bien sûr, elle fit la tête quand elle dût apprendre. Les leçons lui prirent la plupart de son temps. Elle n'avait pas de patience ! Et en plus, c'était moi qui la faisait travailler. Tout en surveillant, avec son aide, mes autres enfants. Pierre était impossible à surveiller. Il filait toujours aux endroits inattendus. Comme Juliette. Quelle paire ! Ils s'aimaient, c'était le principal. Luc se libérait de plus en plus pour être plus souvent avec sa famille. Dieu, merci ! Je sentais qu'il était heureux. Nous passâmes de folles nuits ensuite. Exténuantes. Que du bonheur.
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# Posté le jeudi 15 mai 2008 03:20

III/ 3. Inquiétudes.

Plus rien ne vint rompre la vie tranquille que je menais. Mes enfants grandissaient et moi je vieillissais.
" - Vieille, vous ? N'importe quoi. Quel âge avez-vous ?
- Vingt-six ans.
- Tant que ça ! C'est vrai alors. Vous êtes vieille, Marie-Catherine.
- Merci, Luc. " Suis-je vieille à vingt-six ans ? Non. Soyons positives, Marie-Catherine ! Tu t'en fiches d'être vieille ! Le plus important pour toi, c'est d'être aimée. C'est vrai. Aimer et être aimée. La vie fut un long fleuve tranquille jusqu'au jour où...
" - Ouuuuuuuuuuuiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! " Elizabeth cria. Si fort que Juliette et moi susautâmes. Nous étions en train d'étudier les mathématiques quand le cri déchira le silence.
" - C'est Elizabeth, non ?
- Je crois bien. Que fait-elle ici ?
- Je ne sais pas, Maman.
- Amène-la moi ici, Juliette, s'il te plaît.
- J'y cours.
- Maman, c'était quoi ce cri ?
- Juliette est allée voir, Madeline. Où est Pierre ?
- Quelque part dans la maison.
- Oncle Paul viendra ?
- Je ne sais pas, Isabelle. Où est votre frère ?
- Bonjour Marie-Catherine !
- Bonjour Elizabeth.
- Made, Isa, venez. On va chercher Pierre.
- Merci, Juliette. " Elles sortent. Elizabeth est impatiente de me dire quelque chose. Et moi, impatiente de l'entendre.
" - Je crois que Jean aurait préféré vous le dire, Marie-Catherine, mais je suis tellement heureuse que je dois vous le dire.
- Faîtes, Elizabeth.
- Je... Nous... Enfin, Jean et moi attendons un enfant.
- Félicitations ! C'est bien. Jean le sait ?
- Oh oui, je lui ai envoyé un mot ce matin. " C'est bizarre. J'ai eu comme un pincement au c½ur quand elle me l'a annoncé. Après tout, ils ont aussi le droit d'avoir des enfants. Ils sont mariés depuis deux ans. Jean aurait attendu deux ans avant d'oser... Mon Dieu ! A quoi je pense ! Je m'éloigne. Simplement que je les vois toujours adolescents et non adultes. Ma faute.
" - Etes-vous sûre de ce que vous annoncez, Elizabeth ? Jean aurait une attaque si, par malheur, vous vous étiez trompée. Je ne peux pas vous voir et donc je dois vous croire et je vous crois, Elizabeth.
- J'ai fait venir le médecin qui s'était occupé de vous pour toutes vos naissances, Marie-Catherine. Il a confirmé.
- Et vous en êtes à quel mois, si je peux demander ?
- Quatre mois. Plus ou moins.
- Maman ! Maman ! Maman !
- Qu'est-ce qu'il y a, Pierre ?
- J'ai escargot.
- Un escargot ? Fais voir ! " Il s'approche et me met l'insecte dans la main. C'est gluant. Dégoûtant ! Je tâte.
" - Pierre, ce n'est pas un escargot. C'est une limace.
- Et pourquoi ?
- Parce qu'elle n'a pas de coquille.
- Elle dort où ?
- Comment ça 'elle dort où' ?
- L'escargot dort dans sa maison. Et limace pas de maison. " Elizabeth et moi pouffons de rire. Les enfants m'étonneront toujours. Je donne à Pierre sa limace.
" - Juliette, on arrête les cours pour aujourd'hui.
- Youpi ! Viens, Pierre, on va dehors.
- Et tes soeurs ?
- Madeline et Isabelle lisent encore un livre. Ch'ais pas lequel.
- Je ne sais pas, on dit. Ne restez pas trop longtemps dehors. Votre père revient bientôt. " Ils sortent. Elizabeth soupire. De bonheur ? De fatigue ? Une question me taraude depuis longtemps.
" - Elizabeth, savez-vous quelque chose à propos de Paul ? Mon père et Jean ne me disent rien à son sujet. S'il ne veut pas que je sache ceci ou cela, je le comprends, mais je me fais du souci pour lui. Depuis quand est-il parti ? Deux ans.
- Jean m'a dit que Paul reviendra ces jours-ci. Il démarrera aujourd'hui ou demain.
- Merci. Cela me rassure.
- Vous vous faîtes trop de soucis, Marie-Catherine.
- C'est mon frère. C'est normal que je m'inquiète pour lui, non ?
- Sa femme devrait s'inquiéter pour lui, pas vous.
- Mais il n'en a pas. Isabelle se fait plus de soucis à son sujet que moi. Depuis qu'il est parti là-bas, elle tire une tête de quatre pieds de long. Alors pour passer le temps elle lit des livres, ou du moins elle regarde les images. Comme sa s½ur. " Luc entre. Il porte dans ses bras son fils. Juliette le suit de près.
" - Eh bien, Isabelle, tu ne viens pas dire bonjour à Papa ? " intime t-il en embrassant Madeline. Elle s'approche de moi et fond en larmes. Je lui caresse tout doucement les cheveux.
" - Papa, pourquoi Isa pleure ?
- Parce qu'il lui manque quelqu'un.
- Qui ?
- Tu n'es pas obligé de tout savoir, Pierre. Elizabeth, venez, nous allons la monter. Allez, viens, ma chérie. " Nous sortons. Une fois Isabelle au lit, Elizabeth rentra chez elle. Et moi, je descendis dans ma chambre pour pleurer comme ma fille mon frère.
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# Posté le jeudi 15 mai 2008 03:22