" - Le salaud ! " Luc avait proféré ces mots en entrant dans le salon où je prenais le thé avec les enfants.
" - Le salaud ! Le salaud ! " répéta t-il. Il doit être de mauvaise humeur.
" - Papa, tu viens prendre le thé avec nous ? " demanda Madeline. Je l'entendis voler et s'affaisser sur le canapé mou. Elle respirait plus profondément.
" - Papa, pourquoi tu lui as fait ça ? " Et Luc de gifler Juliette.
" - Luc, pour l'amour du ciel, qu'est-ce qui vous prend ? " lui demandais-je en enlaçant Madeline. Juliette sortit en pleurant. Luc n'avait jamais agi de cette façon auparavant.
" - Luc, répondez-moi. Que se passe t-il ?
- Je me suis fait avoir par ce salaud.
- Par qui ? Votre père ?
- Fermez-la ! " Il m'étonne. Il ne m'a jamais parlé comme maintenant. Il a changé. Son père. A cause de son père.
" - Si votre père vous a fait mal, c'est votre problème. Mais laissez les enfants en dehors de cela. Ils ne vous ont rien fait.
- Taisez-vous ! Vous ne savez même pas de quoi vous parlez !
- Si vous vous expliquiez, je pourrais vous aider. Mais, à ce que je vois, vous voulez vous dépêtrer tout seul.
- J'ai besoin de calme, c'est tout.
- C'était calme avant que vous n'arriviez.
- Je suis le fautif selon vous ?
- Vous en prendre à Madeline et à Juliette, quelle honte, Mr Du Catillon ! Ce ne sont que des enfants.
- Quel est le rapport entre elles et mon père ?
- Votre père a une mauvaise influence sur vous et vous sur vos enfants. Voilà, le rapport.
- Vous me comparez à lui ?
- Je le dois. Vous êtes son fils...
- Si vous saviez ce qu'il a fait !
- Dites-le moi, alors ! Dites-le ! " Il sortit. Pourquoi me cache t-il toujours quelque chose ? Qu'est-ce qui a bien pu le mettre dans un état pareil ? Mon Dieu, aidez-moi ! Et moi qui voulais lui annoncer que j'étais enceinte ! Troisième mois. Que se passe t-il entre nous ?
" - Maman, il faudrait aller voir Juliette.
- Oui, on y va. " J'avais oublié ma fille aînée. Comment ai-je pu ?
Les jours passent, monotones en ce mois de janvier. Les enfants ne voient plus leur père. Luc n'a pas quitté la maison, mais il ne veut voir personne. Il dort dans l'une des chambres du rez-de-chaussée. J'ai essayé à plusieurs reprises de lui parler mais impossible, il s'enferme dans son bureau à chaque fois qu'il rencontre quelqu'un. Le moral de la famille en a pris un coup : Juliette à cause de Luc, Isabelle à cause de Luc et de Paul, Madeline à cause de l'incident, Pierre à cause de son père, et moi à cause de tout le monde. De plus, les enfants ressentent facilement que quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va pas. Je ne veux pas en parler à Papa, sinon il va vouloir que je rentre chez lui, et ça je ne veux pas. Rentrer chez mon père équivaudrait à un divorce. Et je ne peux pas divorcer. Je dois rester avec Luc pour les enfants. Sont-ils heureux au moins d'avoir les parents sous le même toit ? Ou préféreraient-ils être chez Papa, Jean, Elizabeth ? Que dois-je faire ? J'ai vingt-six ans et je ne sais pas prendre une décision, alors que l'avenir de mes enfants en dépend. Quelle mauvaise mère je suis !
Le premier février, Jean m'envoya une lettre annonçant qu'il était le père d'une fille.
" - Ce qu'elle est jolie ! " s'exclamèrent les jumelles en la voyant dans son berceau.
" - Pas jolie !
- Pierre, voyons !
- C'est vrai, pas jolie !
- Toi non plus tu n'étais pas beau. » lança Juliette.
« - Pierre, beau comme Papa ! " Il attendit sûrement une réaction de ma part, mais j'étais incapable de le féliciter. J'avalais ma salive et répondis :
" - Oui, Pierre. Tu es beau comme ton père. " Mais j'espère que tu n'auras pas son caractère.
" - Comment allez-vous l'appeler ?
- Jean lui a trouvé un joli petit prénom.
- Lequel ?
- Véronique.
- Tu as pris en compte la tradition de la famille.
- Papa m'aurait tué si je ne l'avais pas fait.
- Qu'en a t-il pensé, Papa, de ta fille ?
- Il aurait préféré que j'ai un garçon, mais moi, ça me va très bien.
- Marie-Catherine, venez. " Elizabeth me mit sa fille dans mes bras. Elle chuchota quelque secret à mon frère puis me la décrivit. Véronique avait des cheveux mi-blonds mi-roux. Mais pas blond vénitien. Peut-être les aurait-elle un jour. Juliette assurait qu'elle avait les yeux bleus d'Elizabeth. Peut-être.
" - Et toi, c'est pour quand ?
- Logiquement pour juillet. Sais-tu quand Paul revient ?
- Pas avant septembre. " Les enfants goûtèrent et s'occupèrent comme ils le pouvaient. Juliette entama une discussion en anglais avec Elizabeth au sujet des enfants. Isabelle, Madeline et Pierre écoutèrent Jean leur raconter une histoire de dragons et de princesses. Mon père rentra peu après six heures.
" - Luc n'est pas venu avec vous ?
- Il avait beaucoup de travail à la caserne. Il n'a pas pu se libérer. Mais il est très content pour Jean et Elizabeth. " arrivais-je à mentir. Lui dirais-je, au moins, que mon frère a eu une fille ? Il ne sait même pas qu'il sera bientôt père pour la cinquième fois, alors de là à l'informer sur Jean...
Les derniers mois de grossesse furent horribles. Je ne sais si c'était l'enfant qui me faisait cet effet ou le fait que Luc ne savait rien à propos de son enfant. Isabelle et Madeline fêtèrent leur cinquième anniversaire le seize mars. Pierre eut trois ans en juin. Et les jumeaux vingt-trois, le même mois. Les quelques nausées et vomissements que j'eus au début s'accentuèrent jusqu'à devenir insupportables. Je devais voir Luc. Pourquoi, je n'en sais rien mais je le devais. Il évitait toujours tout contact avec nous. Comment peut-il nous négliger ? J'aurais tant aimé l'aider. Mais il est tellement têtu que c'était peine perdue.
Le troisième dimanche de juillet, nous restâmes à la maison. Mon père ne voulait me faire courir le risque du voyage de chez moi à chez lui. Ils ne purent eux non plus venir du fait de Véronique. A peine le repas fut-il terminé que Pierre s'éclipsa dans le jardin, suivi de près de Juliette. Madeline et Isabelle m'embrassèrent et filèrent dans leur chambre où les attendaient leurs livres. Je descendais l'escalier quand mon pied gauche glissa. Quelqu'un me rattrapa au vol.
" - Pierre ne devrait pas laisser traîner ses jouets n'importe où. Vous lui avez pourtant appris l'ordre. Mais bon, c'est un garçon. " Luc me tenait par les bras et me ramena au bas de l'escalier. Que c'était bon de l'entendre ! Il en avait fini avec ses parties de cache-cache. Même si sa voix me paraissait différente, il s'était résolu à venir vers moi. Il était là, à me tenir les coudes et, j'en déduis, qu'il me regardait dans les yeux. Je ne savais où fixer mon regard.
" - Comment vous sentez-vous ?
- Ca va. Mais ça pourrait aller mieux.
- On a connu de meilleurs moments.
- Avez-vous réglé votre problème avec votre père ?
- Je ne l'aurais jamais réglé complètement. L'enfant vous a t-il causé beaucoup d'ennuis ?
- Jusque là non, mais c'est toujours aux accouchements le plus dur. " Nous restâmes un long moment l'un en face de l'autre, n'ayant rien à se dire alors que j'avais des tonnes à lui confier.
" - Marie-Catherine, qu'avez-vous ? " Je ne savais pas moi-même ce qui se passait en moi. La tête me tourna violemment. J'entendis du mouvement autour de moi. On m'installa dans ma chambre et l'accouchement commença. Il fut le plus douloureux de ce que j'avais connu. L'enfant mit un temps fou à sortir. Je perdis connaissance deux fois de suite. Je me retins une centaine de fois de crier. Quand l'horloge sonna vingt heures mon enfant cria. Je ne sais pourquoi mais j'étais heureuse. Fière.
" - Vous avez accouché d'un garçon. " Un deuxième. Je me levai, demandai à ce qu'on m'ouvre la porte. Je ne sus pourquoi je perdais mes forces petit à petit. Je me sentais faible, très faible.
" - Là, là. Tout ira bien.
- Luc, je suis fichue.
- Non, vous ne l'êtes pas. Donnez le bébé à la sage-femme et reposez-vous.
- Mais les enfants...
- Je m'en occupe. Venez, je vais vous laver et vous dormirez d'un sommeil profond.
- Merci. "
Je dormis cette nuit comme un bébé. Comme mon fils.
" - Bien dormi, Marie-Catherine ?
- Très bien.
- On dirait que Louis s'est réveillé.
- Louis ?
- Oui, j'ai appelé notre deuxième fils Louis.
- Nom de roi... Comment est-il ?
- Venez. " Il me conduisit dans la chambre d'à coté où le petit criait. Pendant que je sortais un sein de ma chemise de nuit, Luc prit son fils et me le mit dans les bras. Je le dirigeai vers la source de nourriture.
" - Décrivez-le moi, Luc.
- Il n'a rien de moi et tout de vous. Il est blond, a un visage fin, de petits yeux. Marrons.
- Vos yeux, alors.
- Même pas. Ses yeux sont d'un marron très clair. Et pas prononcé comme les miens.
- C'est votre fils, Luc. " Je l'embrassais. Si je n'avais pas eu le petit dans les bras, je l'aurais enlacé de toutes mes forces.
" - On dirait que Papa et Maman sont de nouveau ensemble.
- Pourquoi 'de nouveau' ? Nous avons toujours été ensemble, Juliette.
- Papa, tu appelles 'être ensemble' vivre dans la même maison et ne pas se voir du tout ? Pour moi, 'être ensemble' c'est comme maintenant. Quand vous vous aimez.
- Mais on s'est toujours aimé, Juliette. Seulement, il faut de petites crises pour que les personnes se rendent compte à quel point elles aiment l'autre.
- Je préfère quand même quand vous êtes comme ça.
- Maman a toujours aimé Papa.
- Et Papa a toujours aimé Maman.
- Madeline ? Isabelle ?
- Et Pierre !
- Mes enfants ! Je ne peux pas vous voir mais je vous aime de tout mon c½ur. J'ai été punie pour avoir commis une faute grave...
- Vous n'avez rien commis, Marie-Catherine. " Et Louis de crier. Je joue avec lui.
" - Maman, pourquoi pas gros ventre ?
- Parce que Maman a eu un bébé. Papa nous l'a expliqué, t'as oublié ou quoi ?
- Peux l'voir ?
- Regardez.
- Il ressemble beaucoup à Maman.
- Et il a des yeux clairs tout doux. Maman, on peux l'embrasser ?
- Pas joli bébé.
- Avec toi, Pierre, personne n'est joli.
- Si moi ! " Quel vantard ! Il ne pense qu'à lui. Bien sûr pour Pierre la naissance d'un frère le changea. Avant il était la coqueluche de Juliette, de Luc et la mienne. Luc et moi nous nous intéressions plus à Louis, le nouveau venu, qu'à lui. Mais il avait toujours Juliette. Nous reprîmes petit à petit un mode de vie régulier. Luc et moi recolâmes des morceaux de notre vie. Pas évident. Ni très facile. Les retrouvailles se firent plus lentes, mais chacun avait ses problèmes personnels. Il ne fut plus question du père de Luc. Nous supprimâmes ce sujet de nos conversations. Je ne voulais pas tout recommencer. Et je ne le recommencerais plus.
" - Le salaud ! Le salaud ! " répéta t-il. Il doit être de mauvaise humeur.
" - Papa, tu viens prendre le thé avec nous ? " demanda Madeline. Je l'entendis voler et s'affaisser sur le canapé mou. Elle respirait plus profondément.
" - Papa, pourquoi tu lui as fait ça ? " Et Luc de gifler Juliette.
" - Luc, pour l'amour du ciel, qu'est-ce qui vous prend ? " lui demandais-je en enlaçant Madeline. Juliette sortit en pleurant. Luc n'avait jamais agi de cette façon auparavant.
" - Luc, répondez-moi. Que se passe t-il ?
- Je me suis fait avoir par ce salaud.
- Par qui ? Votre père ?
- Fermez-la ! " Il m'étonne. Il ne m'a jamais parlé comme maintenant. Il a changé. Son père. A cause de son père.
" - Si votre père vous a fait mal, c'est votre problème. Mais laissez les enfants en dehors de cela. Ils ne vous ont rien fait.
- Taisez-vous ! Vous ne savez même pas de quoi vous parlez !
- Si vous vous expliquiez, je pourrais vous aider. Mais, à ce que je vois, vous voulez vous dépêtrer tout seul.
- J'ai besoin de calme, c'est tout.
- C'était calme avant que vous n'arriviez.
- Je suis le fautif selon vous ?
- Vous en prendre à Madeline et à Juliette, quelle honte, Mr Du Catillon ! Ce ne sont que des enfants.
- Quel est le rapport entre elles et mon père ?
- Votre père a une mauvaise influence sur vous et vous sur vos enfants. Voilà, le rapport.
- Vous me comparez à lui ?
- Je le dois. Vous êtes son fils...
- Si vous saviez ce qu'il a fait !
- Dites-le moi, alors ! Dites-le ! " Il sortit. Pourquoi me cache t-il toujours quelque chose ? Qu'est-ce qui a bien pu le mettre dans un état pareil ? Mon Dieu, aidez-moi ! Et moi qui voulais lui annoncer que j'étais enceinte ! Troisième mois. Que se passe t-il entre nous ?
" - Maman, il faudrait aller voir Juliette.
- Oui, on y va. " J'avais oublié ma fille aînée. Comment ai-je pu ?
Les jours passent, monotones en ce mois de janvier. Les enfants ne voient plus leur père. Luc n'a pas quitté la maison, mais il ne veut voir personne. Il dort dans l'une des chambres du rez-de-chaussée. J'ai essayé à plusieurs reprises de lui parler mais impossible, il s'enferme dans son bureau à chaque fois qu'il rencontre quelqu'un. Le moral de la famille en a pris un coup : Juliette à cause de Luc, Isabelle à cause de Luc et de Paul, Madeline à cause de l'incident, Pierre à cause de son père, et moi à cause de tout le monde. De plus, les enfants ressentent facilement que quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va pas. Je ne veux pas en parler à Papa, sinon il va vouloir que je rentre chez lui, et ça je ne veux pas. Rentrer chez mon père équivaudrait à un divorce. Et je ne peux pas divorcer. Je dois rester avec Luc pour les enfants. Sont-ils heureux au moins d'avoir les parents sous le même toit ? Ou préféreraient-ils être chez Papa, Jean, Elizabeth ? Que dois-je faire ? J'ai vingt-six ans et je ne sais pas prendre une décision, alors que l'avenir de mes enfants en dépend. Quelle mauvaise mère je suis !
Le premier février, Jean m'envoya une lettre annonçant qu'il était le père d'une fille.
" - Ce qu'elle est jolie ! " s'exclamèrent les jumelles en la voyant dans son berceau.
" - Pas jolie !
- Pierre, voyons !
- C'est vrai, pas jolie !
- Toi non plus tu n'étais pas beau. » lança Juliette.
« - Pierre, beau comme Papa ! " Il attendit sûrement une réaction de ma part, mais j'étais incapable de le féliciter. J'avalais ma salive et répondis :
" - Oui, Pierre. Tu es beau comme ton père. " Mais j'espère que tu n'auras pas son caractère.
" - Comment allez-vous l'appeler ?
- Jean lui a trouvé un joli petit prénom.
- Lequel ?
- Véronique.
- Tu as pris en compte la tradition de la famille.
- Papa m'aurait tué si je ne l'avais pas fait.
- Qu'en a t-il pensé, Papa, de ta fille ?
- Il aurait préféré que j'ai un garçon, mais moi, ça me va très bien.
- Marie-Catherine, venez. " Elizabeth me mit sa fille dans mes bras. Elle chuchota quelque secret à mon frère puis me la décrivit. Véronique avait des cheveux mi-blonds mi-roux. Mais pas blond vénitien. Peut-être les aurait-elle un jour. Juliette assurait qu'elle avait les yeux bleus d'Elizabeth. Peut-être.
" - Et toi, c'est pour quand ?
- Logiquement pour juillet. Sais-tu quand Paul revient ?
- Pas avant septembre. " Les enfants goûtèrent et s'occupèrent comme ils le pouvaient. Juliette entama une discussion en anglais avec Elizabeth au sujet des enfants. Isabelle, Madeline et Pierre écoutèrent Jean leur raconter une histoire de dragons et de princesses. Mon père rentra peu après six heures.
" - Luc n'est pas venu avec vous ?
- Il avait beaucoup de travail à la caserne. Il n'a pas pu se libérer. Mais il est très content pour Jean et Elizabeth. " arrivais-je à mentir. Lui dirais-je, au moins, que mon frère a eu une fille ? Il ne sait même pas qu'il sera bientôt père pour la cinquième fois, alors de là à l'informer sur Jean...
Les derniers mois de grossesse furent horribles. Je ne sais si c'était l'enfant qui me faisait cet effet ou le fait que Luc ne savait rien à propos de son enfant. Isabelle et Madeline fêtèrent leur cinquième anniversaire le seize mars. Pierre eut trois ans en juin. Et les jumeaux vingt-trois, le même mois. Les quelques nausées et vomissements que j'eus au début s'accentuèrent jusqu'à devenir insupportables. Je devais voir Luc. Pourquoi, je n'en sais rien mais je le devais. Il évitait toujours tout contact avec nous. Comment peut-il nous négliger ? J'aurais tant aimé l'aider. Mais il est tellement têtu que c'était peine perdue.
Le troisième dimanche de juillet, nous restâmes à la maison. Mon père ne voulait me faire courir le risque du voyage de chez moi à chez lui. Ils ne purent eux non plus venir du fait de Véronique. A peine le repas fut-il terminé que Pierre s'éclipsa dans le jardin, suivi de près de Juliette. Madeline et Isabelle m'embrassèrent et filèrent dans leur chambre où les attendaient leurs livres. Je descendais l'escalier quand mon pied gauche glissa. Quelqu'un me rattrapa au vol.
" - Pierre ne devrait pas laisser traîner ses jouets n'importe où. Vous lui avez pourtant appris l'ordre. Mais bon, c'est un garçon. " Luc me tenait par les bras et me ramena au bas de l'escalier. Que c'était bon de l'entendre ! Il en avait fini avec ses parties de cache-cache. Même si sa voix me paraissait différente, il s'était résolu à venir vers moi. Il était là, à me tenir les coudes et, j'en déduis, qu'il me regardait dans les yeux. Je ne savais où fixer mon regard.
" - Comment vous sentez-vous ?
- Ca va. Mais ça pourrait aller mieux.
- On a connu de meilleurs moments.
- Avez-vous réglé votre problème avec votre père ?
- Je ne l'aurais jamais réglé complètement. L'enfant vous a t-il causé beaucoup d'ennuis ?
- Jusque là non, mais c'est toujours aux accouchements le plus dur. " Nous restâmes un long moment l'un en face de l'autre, n'ayant rien à se dire alors que j'avais des tonnes à lui confier.
" - Marie-Catherine, qu'avez-vous ? " Je ne savais pas moi-même ce qui se passait en moi. La tête me tourna violemment. J'entendis du mouvement autour de moi. On m'installa dans ma chambre et l'accouchement commença. Il fut le plus douloureux de ce que j'avais connu. L'enfant mit un temps fou à sortir. Je perdis connaissance deux fois de suite. Je me retins une centaine de fois de crier. Quand l'horloge sonna vingt heures mon enfant cria. Je ne sais pourquoi mais j'étais heureuse. Fière.
" - Vous avez accouché d'un garçon. " Un deuxième. Je me levai, demandai à ce qu'on m'ouvre la porte. Je ne sus pourquoi je perdais mes forces petit à petit. Je me sentais faible, très faible.
" - Là, là. Tout ira bien.
- Luc, je suis fichue.
- Non, vous ne l'êtes pas. Donnez le bébé à la sage-femme et reposez-vous.
- Mais les enfants...
- Je m'en occupe. Venez, je vais vous laver et vous dormirez d'un sommeil profond.
- Merci. "
Je dormis cette nuit comme un bébé. Comme mon fils.
" - Bien dormi, Marie-Catherine ?
- Très bien.
- On dirait que Louis s'est réveillé.
- Louis ?
- Oui, j'ai appelé notre deuxième fils Louis.
- Nom de roi... Comment est-il ?
- Venez. " Il me conduisit dans la chambre d'à coté où le petit criait. Pendant que je sortais un sein de ma chemise de nuit, Luc prit son fils et me le mit dans les bras. Je le dirigeai vers la source de nourriture.
" - Décrivez-le moi, Luc.
- Il n'a rien de moi et tout de vous. Il est blond, a un visage fin, de petits yeux. Marrons.
- Vos yeux, alors.
- Même pas. Ses yeux sont d'un marron très clair. Et pas prononcé comme les miens.
- C'est votre fils, Luc. " Je l'embrassais. Si je n'avais pas eu le petit dans les bras, je l'aurais enlacé de toutes mes forces.
" - On dirait que Papa et Maman sont de nouveau ensemble.
- Pourquoi 'de nouveau' ? Nous avons toujours été ensemble, Juliette.
- Papa, tu appelles 'être ensemble' vivre dans la même maison et ne pas se voir du tout ? Pour moi, 'être ensemble' c'est comme maintenant. Quand vous vous aimez.
- Mais on s'est toujours aimé, Juliette. Seulement, il faut de petites crises pour que les personnes se rendent compte à quel point elles aiment l'autre.
- Je préfère quand même quand vous êtes comme ça.
- Maman a toujours aimé Papa.
- Et Papa a toujours aimé Maman.
- Madeline ? Isabelle ?
- Et Pierre !
- Mes enfants ! Je ne peux pas vous voir mais je vous aime de tout mon c½ur. J'ai été punie pour avoir commis une faute grave...
- Vous n'avez rien commis, Marie-Catherine. " Et Louis de crier. Je joue avec lui.
" - Maman, pourquoi pas gros ventre ?
- Parce que Maman a eu un bébé. Papa nous l'a expliqué, t'as oublié ou quoi ?
- Peux l'voir ?
- Regardez.
- Il ressemble beaucoup à Maman.
- Et il a des yeux clairs tout doux. Maman, on peux l'embrasser ?
- Pas joli bébé.
- Avec toi, Pierre, personne n'est joli.
- Si moi ! " Quel vantard ! Il ne pense qu'à lui. Bien sûr pour Pierre la naissance d'un frère le changea. Avant il était la coqueluche de Juliette, de Luc et la mienne. Luc et moi nous nous intéressions plus à Louis, le nouveau venu, qu'à lui. Mais il avait toujours Juliette. Nous reprîmes petit à petit un mode de vie régulier. Luc et moi recolâmes des morceaux de notre vie. Pas évident. Ni très facile. Les retrouvailles se firent plus lentes, mais chacun avait ses problèmes personnels. Il ne fut plus question du père de Luc. Nous supprimâmes ce sujet de nos conversations. Je ne voulais pas tout recommencer. Et je ne le recommencerais plus.